Donc, que penser de la valeur "réelle," historique du Shihô?
Il se trouve que l'enseignement du Bouddhisme a toujours passé par l'apprentissage. Car c'est une pratique/étude. On ne peut pas s'y contenter d'une étude purement intellectuelle, elle doit être obligatoirement être mise en pratique. Et cela implique une transmission personnelle "en dehors des écritures" (pour reprendre une antique formule) où une personne physique montre comment faire à une autre personne physique. Et ceci veut dire que, de façon certaine, et absolue, la lignée depuis le Bouddha Gautama est ininterrompue. C'est juste qu'on ne connaît pas les noms exacts des personnes physiques historiques qui se font suite. Ou que, lorsqu'on les connaît, ils ne sont que des indicateurs, sans plus.
Par exemple, une des personnes participant à cette discussion me faisait valoir à quel point certain maître (dont nous tairons le nom: vous savez de qui il s'agit) avait été important pour elle, à cause de tout ce qu'il lui avait enseigné, même s'il avait senti le besoin de passer à autre chose. Que je pense que ce maître soit un faiseur insincère ne change rien: il n'en demeure pas moins un chaînon de la transmission. Et des comme lui, en 25 siècles, il a dû y en avoir une floppée.
De plus, on pourrait dire que personne n'a jamais eu l'Eveil, même le Bouddha! L'Eveil n'est pas une chose qu'on pourrait posséder. Il est important de se débarrasser des fantasmes sur l'Eveil "qui va [nous] transformer en maître absolu du monde, des gens, des pays, des vies, et partout à la ronde, on ne parlera que de (nous)"
C'est pour cette raison que l'on dit que l'Eveil, c'est Zazen. Le Bouddha l'a pratiqué toute sa vie, 45 ans après l'Eveil. Il a toujours dit à ses disciples de le pratiquer. L'Eveil, c'est un "bon sang! mais c'est bien sûr!" où tout à coup l'on voit ce qui avait toujours été là, mais qu'on ne savait pas voir. Et c'est la pratique assidue, quotidienne, de Zazen qui permet d'y accéder. Pour qui pratique ainsi Zazen, l'Eveil se manifeste dans la vie quotidienne. Pas de façon toujours spectaculaire. Parfois même à notre insu. Zazen nous amène à le manifester, et donc à être un bouddha.
Evidemment, à des degrés divers.
Dans les sûtras agama ou ceux du Canon Pâli, on voit le Bouddha régulièrement rencontrer Mâra sur son chemin. A chaque fois, Mâra se prend une rouste, certes, mais n'en reste pas moins le fait que le Bouddha le retrouve sur sa route si souvent et si tard après son expérience initiale à Bodhgaya. Evidemment, il ne faut pas interpréter cela au pied d ela lettre. Mr ex-Sidhhârta Gautama, du clan des Shâkyas n'a certes pas physiquement rencontré Mr Mâra au coin d'une rue, mais que, même après l'Anuttara Samyaksambodhi, le Bouddha a été soumis à la tentation (mais aussi qu'il en est sorti vainqueur!).
Les kôans sont bourrés d'exemples de maîtres chinois qui admettent ne pas toujours être à la hauteur. Cette idée est très déstabilisante pour qui imagine une situation où, une fois arrivés, on ne pourrait plus jamais retourner en arrière. La chronique contemporaine nous montre pourtant en abondance l'exemple contraire.
Mais la pratique quotidienne de Zazen, couplée à la gratuité de l'intention, le refus de rechercher un but, un objectif (justement celui "d'être arrivé"), est ce qui nous permet de mieux être présents à tout ce qu'est notre vie quotidienne, et à manifester (parfois) l'Eveil dans nos actions ordinaires.
mercredi 24 juillet 2019
mercredi 17 juillet 2019
L'Eveil, c'est Zazen.
J'étais au début du mois l'invité d'une sesshin en Belgique. Lors de cette sesshin, j'expliquais à des participants, lors d'une conversation informelle, la réalité contemporaine du Shihô, la Transmission du Dharma. En effet, depuis le début du XVIII° siècle, au Japon dans l'école Sôtô, la transmission est automatiquement donnée trois ans après la prise des préceptes. Elle devient donc une espèce d'équivalent du Bac, la prise des préceptes étant dans cette analogie le certificat d'études.
Cette révélation a eu un effet dévastateur sur l'une des personnes présentes qui s'étonna alors, scandalisée de ce que cela impliquait pour elle l'interruption de la transmission de l'Eveil depuis le Bouddha Gautama.
Mais il faut voir un peu le processus. Pendant les siècles qui séparent Dôgen de Manzan, le réformateur de ce systèmes au XVIII° siècle, les divers lignages descendant de Dôgen et de ses disciples avaient leurs propres hiérarchies ou ensemble de hiérarchies, et les temples avaient souvent développé des pratiques au style spécifique.
Si l'on suit Dôgen, la transmission du Dharma est l'aspect de la relation de maître à disciple qui témoigne de l'identité de la lignée. Mais au cours du temps, cet aspect a été progressivement supplanté par le garanbo, la transmission du temple. Et, avec le temps, ce garanbo devint toujours plus formel et excessif. Il exigeait entre autres du disciple d'abandonner sa lignée réelle pour celle du nouveau temple, même lorsqu'elle était sans rapport avec la sienne.
Lorsque le nouveau gouvernement du Shôgun Tokugawa, au XVII° siècle, obligea tous les temples Sôtô à se ranger soit derrière Eiheiji ou derrière Sôjiji, cela prépara un peu le terrain. A la fin du siècle, 卍山道白 [Manzan Dōhaku] (1635-1715) fit voeu, après avoir lu les chapitres du Shôbôgenzô en traitant, de restaurer la valeur du Shihô. Il y mit quarante ans. D'autres avaient essayé avant lui, mais Manzan était un brillant tacticien, et sut développer ses réseaux avant d'entreprendre ses manoeuvres, qui commencèrent par les autorités Sôtô, avant de se présenter devant le bakufu (le gouvernement), en ayant épuisé tous les recours ecclésiastiques.
Comprenant les tensions qui existent toujours entre un gouvernement et des autorités ecclésiastiques et s'en servit à son avantage pour faire proclamer que les principes de la transmission face-à-face et la seule lignée dans le Dharma pouvaient déterminer la succession des moines sôtô à l'avenir.
Mais comme la Sôtôshu a été érigée du même coup en organisation bureaucratique unifiée, elle a rapidement créé de nouveaux "grades" selon la hiérarchie des temples, ce qui a relégué le Shihô au niveau d'aujourd'hui. Lorsque Nishijima a donné la transmission (et il l'a beaucoup donnée), il a exclu qu'il puisse y avoir une cérémonie ultérieure (sauf au Japon, pour les Japonais, soumis à la Sôtôshu), car, pour lui, Dôgen ne mentionnait que cela. Néanmoins, il n'eut jamais la prétention que cette transmission fut une reconnaissance d'un accomplissement exceptionnel. Je crois qu'il la voyait comme une espèce d'ordre de mission. Où, paradoxalement, relever la valeur du document ramène à une humilité fondamentale et nécessaire.
Cette révélation a eu un effet dévastateur sur l'une des personnes présentes qui s'étonna alors, scandalisée de ce que cela impliquait pour elle l'interruption de la transmission de l'Eveil depuis le Bouddha Gautama.
Mais il faut voir un peu le processus. Pendant les siècles qui séparent Dôgen de Manzan, le réformateur de ce systèmes au XVIII° siècle, les divers lignages descendant de Dôgen et de ses disciples avaient leurs propres hiérarchies ou ensemble de hiérarchies, et les temples avaient souvent développé des pratiques au style spécifique.
Si l'on suit Dôgen, la transmission du Dharma est l'aspect de la relation de maître à disciple qui témoigne de l'identité de la lignée. Mais au cours du temps, cet aspect a été progressivement supplanté par le garanbo, la transmission du temple. Et, avec le temps, ce garanbo devint toujours plus formel et excessif. Il exigeait entre autres du disciple d'abandonner sa lignée réelle pour celle du nouveau temple, même lorsqu'elle était sans rapport avec la sienne.
Lorsque le nouveau gouvernement du Shôgun Tokugawa, au XVII° siècle, obligea tous les temples Sôtô à se ranger soit derrière Eiheiji ou derrière Sôjiji, cela prépara un peu le terrain. A la fin du siècle, 卍山道白 [Manzan Dōhaku] (1635-1715) fit voeu, après avoir lu les chapitres du Shôbôgenzô en traitant, de restaurer la valeur du Shihô. Il y mit quarante ans. D'autres avaient essayé avant lui, mais Manzan était un brillant tacticien, et sut développer ses réseaux avant d'entreprendre ses manoeuvres, qui commencèrent par les autorités Sôtô, avant de se présenter devant le bakufu (le gouvernement), en ayant épuisé tous les recours ecclésiastiques.
Comprenant les tensions qui existent toujours entre un gouvernement et des autorités ecclésiastiques et s'en servit à son avantage pour faire proclamer que les principes de la transmission face-à-face et la seule lignée dans le Dharma pouvaient déterminer la succession des moines sôtô à l'avenir.
Mais comme la Sôtôshu a été érigée du même coup en organisation bureaucratique unifiée, elle a rapidement créé de nouveaux "grades" selon la hiérarchie des temples, ce qui a relégué le Shihô au niveau d'aujourd'hui. Lorsque Nishijima a donné la transmission (et il l'a beaucoup donnée), il a exclu qu'il puisse y avoir une cérémonie ultérieure (sauf au Japon, pour les Japonais, soumis à la Sôtôshu), car, pour lui, Dôgen ne mentionnait que cela. Néanmoins, il n'eut jamais la prétention que cette transmission fut une reconnaissance d'un accomplissement exceptionnel. Je crois qu'il la voyait comme une espèce d'ordre de mission. Où, paradoxalement, relever la valeur du document ramène à une humilité fondamentale et nécessaire.
dimanche 14 juillet 2019
L'âne et la carotte
La carotte peut-elle faire le bonheur de l'âne?
Tout le monde connaît le truc de la carotte pendue au bout d'une perche, devant le nez de l'âne, pour le faire avancer.
L'autre jour, à la vue d'un gamin hurlant "j'ai envie" face à la vitrine d'un magasin de babioles à un euro, je me suis rappelé un incident du même genre avec un mien neveu et me revoilà parti sur les trois poisons: avidité, aversion et ignorance.
Il semble bien que l'avidité soit un des moteurs principaux de l'être humain. Selon David Loy (et j'acquiesce), cette avidité est en relation avec le non-soi. J'ai redit ailleurs que le bouddha-dharma enseigne le non-soi, c'est-à-dire que rien n'existe en soi. Or, si ce principe est relativement facile à intégrer, en ce qui concerne les choses et les objets, par exemple qu'il n'y a pas de livres sans papier et sans encre, qu'il n'y a pas de papier sans fibre cellulosique et son élaboration, qu'il n'y a pas d'encre sans suie et huile, que l'auteur est indispensable, etc., admettre pour soi-même ce processus est un poil plus difficile.
Et même si nous voulons l'admettre pour notre corps, nos besoins physiques, nos origines etc., il reste un petit réduit pour lequel nous n'avons guère envie d'admettre le non-soi, et qui est notre conscience. L'homme a donc imaginé une âme immortelle emprisonnée dans un corps temporaire; après quoi il y a plusieurs versions, dont celle du Christianisme de choix entre l'enfer ou le paradis pour l'éternité, avec parfois l'idée d'un purgatoire temporaire avant le paradis pour l'éternité. Ce schéma comporte de nombreuses variantes, qu'on retrouve même dans le bouddha-dharma mahâyanique; il est concurrencé par le schéma métempsychotique où l'âme papillonne d'une existence à l'autre, avec ou sans existences animales, l'idée de base étant toujours de récompenser les bons et de punir les méchants.
L'idée de base du bouddha-dharma est que l'être humain sait, au plus profond de lui-même, cette réalité du non-soi, et il tente par tous les moyens de se prouver le contraire, en particulier au moyen de la possession: "Je possède, donc je suis". L'idée générale étant "je vaux quelque chose, puisque je possède tant", ou "puisque j'ai tant de pouvoir..." ou "puisque tant de gens m'admirent..." et ainsi de suite.
A plus petite échelle, cela se manifeste avec la voiture, la montre, les vêtements, le ou la partenaire. Exister dans le regard des autres, puisque cela n'est pas possible dans le sien propre (trop insuffisant.)
Donc, pour revenir à la carotte, si je n'obtiens pas ce que je désire, c'est mon existence même qui en est menacée!
Un des cas les plus typiques, c'est celui du désir charnel et de la jalousie. Le domaine des passions où le verbe pâtir a une si belle part! Certains vont même jusqu'à se suicider ("s'anéantir"), dans certains cas extrêmes. Les personnes les plus tourmentées par ce problème tendent à se lancer dans une politique d'acquisition sans fin: que ce soit en biens matériels, en pouvoir ou en conquêtes sexuelles, il n'y en a jamais assez. On leur donnerait une montagne d'or et ils en demanderaient une deuxième.
Comme c'est en fait le processus d'acquisition qui compte, et non pas l'acquis lui-même, le processus est sans fin et par là, désespérant. Exactement comme la carotte pendant au bout du museau de l'âne.
Donc, si l'on prend conscience de ce fait, la sagesse serait de cesser de courir après la carotte.
Tout le monde connaît le truc de la carotte pendue au bout d'une perche, devant le nez de l'âne, pour le faire avancer.
L'autre jour, à la vue d'un gamin hurlant "j'ai envie" face à la vitrine d'un magasin de babioles à un euro, je me suis rappelé un incident du même genre avec un mien neveu et me revoilà parti sur les trois poisons: avidité, aversion et ignorance.
Il semble bien que l'avidité soit un des moteurs principaux de l'être humain. Selon David Loy (et j'acquiesce), cette avidité est en relation avec le non-soi. J'ai redit ailleurs que le bouddha-dharma enseigne le non-soi, c'est-à-dire que rien n'existe en soi. Or, si ce principe est relativement facile à intégrer, en ce qui concerne les choses et les objets, par exemple qu'il n'y a pas de livres sans papier et sans encre, qu'il n'y a pas de papier sans fibre cellulosique et son élaboration, qu'il n'y a pas d'encre sans suie et huile, que l'auteur est indispensable, etc., admettre pour soi-même ce processus est un poil plus difficile.
Et même si nous voulons l'admettre pour notre corps, nos besoins physiques, nos origines etc., il reste un petit réduit pour lequel nous n'avons guère envie d'admettre le non-soi, et qui est notre conscience. L'homme a donc imaginé une âme immortelle emprisonnée dans un corps temporaire; après quoi il y a plusieurs versions, dont celle du Christianisme de choix entre l'enfer ou le paradis pour l'éternité, avec parfois l'idée d'un purgatoire temporaire avant le paradis pour l'éternité. Ce schéma comporte de nombreuses variantes, qu'on retrouve même dans le bouddha-dharma mahâyanique; il est concurrencé par le schéma métempsychotique où l'âme papillonne d'une existence à l'autre, avec ou sans existences animales, l'idée de base étant toujours de récompenser les bons et de punir les méchants.
L'idée de base du bouddha-dharma est que l'être humain sait, au plus profond de lui-même, cette réalité du non-soi, et il tente par tous les moyens de se prouver le contraire, en particulier au moyen de la possession: "Je possède, donc je suis". L'idée générale étant "je vaux quelque chose, puisque je possède tant", ou "puisque j'ai tant de pouvoir..." ou "puisque tant de gens m'admirent..." et ainsi de suite.
A plus petite échelle, cela se manifeste avec la voiture, la montre, les vêtements, le ou la partenaire. Exister dans le regard des autres, puisque cela n'est pas possible dans le sien propre (trop insuffisant.)
Donc, pour revenir à la carotte, si je n'obtiens pas ce que je désire, c'est mon existence même qui en est menacée!
Un des cas les plus typiques, c'est celui du désir charnel et de la jalousie. Le domaine des passions où le verbe pâtir a une si belle part! Certains vont même jusqu'à se suicider ("s'anéantir"), dans certains cas extrêmes. Les personnes les plus tourmentées par ce problème tendent à se lancer dans une politique d'acquisition sans fin: que ce soit en biens matériels, en pouvoir ou en conquêtes sexuelles, il n'y en a jamais assez. On leur donnerait une montagne d'or et ils en demanderaient une deuxième.
Comme c'est en fait le processus d'acquisition qui compte, et non pas l'acquis lui-même, le processus est sans fin et par là, désespérant. Exactement comme la carotte pendant au bout du museau de l'âne.
Donc, si l'on prend conscience de ce fait, la sagesse serait de cesser de courir après la carotte.
jeudi 20 juin 2019
Les quatre éléments et moi, de Brad Warner
Voici un nouveau texte de Brad Warner que je vous traduis.
__________________________________
Les quatre éléments et moi
Publié par Brad le 20 juin 2019
(http://hardcorezen.info/the-four-elements-and-me/6376)
http://hardcorezen.info/the-four-elements-and-me/6376
Voici une question intéressante que j'ai reçue par courriel récemment :
Je pratiquais en suivant la respiration, et il m'est apparu que l'air que je respire est autant sinon plus "moi" que mes poumons. J'espère qu'il s'agit d'une supposition correcte.
Avec cette réalisation, j'ai tenté de comprendre les quatre éléments. Considérant l'interconnexion de toutes choses, il est facile de voir comment les êtres humains ont besoin de lumière et d'eau, tout comme les arbres, les écureuils, etc. Comment les quatre éléments s'insèrent-ils dans cette logique ? On dirait que l'air n'a nul besoin de l'oiseau ou que la terre n'a nul besoin du ver de terre. Celui-ci, d'autre part, a besoin de la terre, tout comme l'oiseau a besoin de l'air.
Peut-être est-ce là une chose où il faut pas faire intervenir la logique pour la comprendre ? Y a-t-il quelque livre que vous pourriez me recommander pour m'aider à comprendre ?
Voici ma réponse:
Je pense que les vers et les oiseaux sont un truc que produisent la terre, l'air et les autres éléments de la table périodique. Il n'y a rien dans un ver ou un oiseau -- pas plus qu'une personne -- qui n'ait un jour fait partie de la Terre ou de l'air ou de l'eau, etc. Il n'y a rien dans mon corps qui n'ait jamais fait partie de la Terre depuis sa formation il y a des milliards d'années.
Tous les éléments de ce corps ont été recyclés à travers d'innombrables êtres. Et avant qu'il y ait ce que nous appelons des "êtres vivants", les éléments constitutifs de mon corps faisaient partie de montagnes, de rivières, d'océans, et ainsi de suite. Peut-être que même ce que j'appelle erronément "ma conscience" a été recyclée de façon analogue. Elle traîne peut-être depuis aussi longtemps que tout le reste de ce dont je suis constitué.
Et la Terre fit jadis partie d'un nuage de gaz et de poussière géant, dont se sont formés le soleil et les autres planètes. Et ce nuage de gaz et de poussière fit jadis partie d'étoiles qui ont explosé il y a si longtemps que cela pourrait tout aussi bien être depuis toujours. Peut-être que ce que j'appelle "vie" et "conscience" ont toujours fait partie de ce truc. Il est sûr que le potentiel de vie et de conscience existait dans la prétendue "matière inerte" bien longtemps avant que nous soyons là pour tenter de les définir.
La vacuité est aussi une grande partie de ce que je suis. L'espace entre les atomes de mon corps est vaste en comparaison des atomes eux-mêmes. Les forces énergétiques qui tiennent ensemble ces atomes n'ont pas de forme physique. En dernière analyse, les atomes eux-mêmes sont fait d'énergie immatérielle. La forme est vacuité, et la vacuité est forme, comme le dit le Sûtra du Coeur.
Mais pourquoi font-ils ça? Puorquoi les éléments de la Terre — qui sont en dernier ressort les éléments de l'Univers — prennent-ils la forme d'êtres vivants ? Pourquoi prennent-ils la forme d'êtres humains ?
On pourrait penser qu'ils tirent un quelconque bénéfice de prendre la forme de vers, d'oiseaux, ou de nous. On pourrait penser qu'il y a une raison.
Je sais que la philosophie matérialiste considère que ce genre de choses n'apparaît que par le fait du hasard. Je sais aussi que cette vue est très populaire de nos jours. On dit souvent que la recherche scientifique ne soutient qu'une seule vue — qui est que la cause ultime de la vie, de l'univers et de tout le reste n'est autre qu'aléatoire. Et peut-être bien que c'est juste. Parce toutes les tentatives auxquelles j'ai assisté de trouver une cause différente finit par avoir l'air débile — comme dans le cas de la prétendue “science créationniste.”
Dôgen parlait d'une “foi profonde dans la cause et l'effet.” Il n'acceptait pas l'idée que quoi que ce soit se produise sans cause ou qu'une cause puisse manquer d'avoir un effet. Et pourtant, jamais il ne parle d'une “cause première” à la façon dont certains le font aujourd'hui. Peut-être a-t-il compris qu'il n'y a jamais de “cause première” ou que, si même il y avait quelque chose qu'on puisse appeler “cause première,” elle serait au delà de l'entendement humain.
Donc, peut-être est-il insensé de parler d'un “bénéfice” qu'obtiendraient la terre, l'air, l'eau et tous les autres éléments à se former en animaux, en plantes, et en personnes. C'est sans doute un concept trop humain pour s'appliquer aux éléments.
Je suis une extension de la Terre, et pourtant, je ne sais pas pourquoi la Terre a pris la forme de mon être. J'ai sans doute toujours été là, en tant que partie de la terre, de l'air, de l'eau etc. et voilà qu'une petite portion de tout cela apparaît en tant qu'être humain. Et que cet être s'imagine parfois risiblement en tant que créature indépendante. Cette blague !
Quoi qu'il en soit, si moi, portion de la terre, ne sait pas pourquoi moi (la Terre) m'a fait (Brad), il se peut que personne ne le sache. Il se peut bien que personne ne le sache.
Voici quelle est ma spéculation, pour ce qu'elle vaut. Ce qui n'est guère, à mon avis. Mais allons-y quand même. Peut-être bien que la Terre — et par extension l'Univers — cherche à se comprendre intellectuellement, et qu'une des façons d'y arriver est de prendre la forme de gens. Il y a peut-être d'autres formes d'êtres vivants ailleurs dans les vastes étendues de l'espace qui aident aussi l'Univers à apprendre à se comprendre. Et peut-être bien que certaines d'entre elles sont tout autant que nous dans l'illusion.
__________________________________
Les quatre éléments et moi
Publié par Brad le 20 juin 2019
(http://hardcorezen.info/the-four-elements-and-me/6376)
http://hardcorezen.info/the-four-elements-and-me/6376
Voici une question intéressante que j'ai reçue par courriel récemment :
Je pratiquais en suivant la respiration, et il m'est apparu que l'air que je respire est autant sinon plus "moi" que mes poumons. J'espère qu'il s'agit d'une supposition correcte.
Avec cette réalisation, j'ai tenté de comprendre les quatre éléments. Considérant l'interconnexion de toutes choses, il est facile de voir comment les êtres humains ont besoin de lumière et d'eau, tout comme les arbres, les écureuils, etc. Comment les quatre éléments s'insèrent-ils dans cette logique ? On dirait que l'air n'a nul besoin de l'oiseau ou que la terre n'a nul besoin du ver de terre. Celui-ci, d'autre part, a besoin de la terre, tout comme l'oiseau a besoin de l'air.
Peut-être est-ce là une chose où il faut pas faire intervenir la logique pour la comprendre ? Y a-t-il quelque livre que vous pourriez me recommander pour m'aider à comprendre ?
Voici ma réponse:
Je pense que les vers et les oiseaux sont un truc que produisent la terre, l'air et les autres éléments de la table périodique. Il n'y a rien dans un ver ou un oiseau -- pas plus qu'une personne -- qui n'ait un jour fait partie de la Terre ou de l'air ou de l'eau, etc. Il n'y a rien dans mon corps qui n'ait jamais fait partie de la Terre depuis sa formation il y a des milliards d'années.
Tous les éléments de ce corps ont été recyclés à travers d'innombrables êtres. Et avant qu'il y ait ce que nous appelons des "êtres vivants", les éléments constitutifs de mon corps faisaient partie de montagnes, de rivières, d'océans, et ainsi de suite. Peut-être que même ce que j'appelle erronément "ma conscience" a été recyclée de façon analogue. Elle traîne peut-être depuis aussi longtemps que tout le reste de ce dont je suis constitué.
Et la Terre fit jadis partie d'un nuage de gaz et de poussière géant, dont se sont formés le soleil et les autres planètes. Et ce nuage de gaz et de poussière fit jadis partie d'étoiles qui ont explosé il y a si longtemps que cela pourrait tout aussi bien être depuis toujours. Peut-être que ce que j'appelle "vie" et "conscience" ont toujours fait partie de ce truc. Il est sûr que le potentiel de vie et de conscience existait dans la prétendue "matière inerte" bien longtemps avant que nous soyons là pour tenter de les définir.
La vacuité est aussi une grande partie de ce que je suis. L'espace entre les atomes de mon corps est vaste en comparaison des atomes eux-mêmes. Les forces énergétiques qui tiennent ensemble ces atomes n'ont pas de forme physique. En dernière analyse, les atomes eux-mêmes sont fait d'énergie immatérielle. La forme est vacuité, et la vacuité est forme, comme le dit le Sûtra du Coeur.
Mais pourquoi font-ils ça? Puorquoi les éléments de la Terre — qui sont en dernier ressort les éléments de l'Univers — prennent-ils la forme d'êtres vivants ? Pourquoi prennent-ils la forme d'êtres humains ?
On pourrait penser qu'ils tirent un quelconque bénéfice de prendre la forme de vers, d'oiseaux, ou de nous. On pourrait penser qu'il y a une raison.
Je sais que la philosophie matérialiste considère que ce genre de choses n'apparaît que par le fait du hasard. Je sais aussi que cette vue est très populaire de nos jours. On dit souvent que la recherche scientifique ne soutient qu'une seule vue — qui est que la cause ultime de la vie, de l'univers et de tout le reste n'est autre qu'aléatoire. Et peut-être bien que c'est juste. Parce toutes les tentatives auxquelles j'ai assisté de trouver une cause différente finit par avoir l'air débile — comme dans le cas de la prétendue “science créationniste.”
Dôgen parlait d'une “foi profonde dans la cause et l'effet.” Il n'acceptait pas l'idée que quoi que ce soit se produise sans cause ou qu'une cause puisse manquer d'avoir un effet. Et pourtant, jamais il ne parle d'une “cause première” à la façon dont certains le font aujourd'hui. Peut-être a-t-il compris qu'il n'y a jamais de “cause première” ou que, si même il y avait quelque chose qu'on puisse appeler “cause première,” elle serait au delà de l'entendement humain.
Donc, peut-être est-il insensé de parler d'un “bénéfice” qu'obtiendraient la terre, l'air, l'eau et tous les autres éléments à se former en animaux, en plantes, et en personnes. C'est sans doute un concept trop humain pour s'appliquer aux éléments.
Je suis une extension de la Terre, et pourtant, je ne sais pas pourquoi la Terre a pris la forme de mon être. J'ai sans doute toujours été là, en tant que partie de la terre, de l'air, de l'eau etc. et voilà qu'une petite portion de tout cela apparaît en tant qu'être humain. Et que cet être s'imagine parfois risiblement en tant que créature indépendante. Cette blague !
Quoi qu'il en soit, si moi, portion de la terre, ne sait pas pourquoi moi (la Terre) m'a fait (Brad), il se peut que personne ne le sache. Il se peut bien que personne ne le sache.
Voici quelle est ma spéculation, pour ce qu'elle vaut. Ce qui n'est guère, à mon avis. Mais allons-y quand même. Peut-être bien que la Terre — et par extension l'Univers — cherche à se comprendre intellectuellement, et qu'une des façons d'y arriver est de prendre la forme de gens. Il y a peut-être d'autres formes d'êtres vivants ailleurs dans les vastes étendues de l'espace qui aident aussi l'Univers à apprendre à se comprendre. Et peut-être bien que certaines d'entre elles sont tout autant que nous dans l'illusion.
lundi 17 juin 2019
Bonjour
Il y a plus de quatre ans que je n'ai plus rien écrit sur ce blog, tellement je ne suis pas un écrivain. Parfois il m'arrive d'écrire, mais c'est généralement dans les trains, et c'est à la main avec de l'encre et du papier. Ensuite, il faudrait tout retranscrire, mais de retour à la maison, trop de distractions m'en empêchent. Et l'autre jour, j'ai retrouvé un livre de notes dans lequel j'avais quelques textes. Je me suis dit que j'allais en partager quelques uns.
Une des caractéristiques du Bouddhisme, c'est la profonde humanité de ses grands personnages.
Le Bouddha n'y échappe pas, qui reste profondément humain, avec des défauts et des travers, loin de l'être infaillible de la piété traditionnelle.
Mais cette idée ne plaît pas à tout le monde. Les personnes en quête de merveilleux, pour qui les lois naturelles de la physique doivent avoir des exceptions "exceptionnelles" veulent souvent à toute force croire que le Bouddha pouvait voler en l'air, transporter des foules de l'autre côté des fleuves, purifier l'eau boueuse par miracle, etc. Je ne veux pas dire qu'il était incapable de certaines des choses qui lui sont attribuées, mais disons, que je trouve plus raisonnable d'en douter, d'une part, et que de lui restituer ses éventuelles faiblesses, d'autre part, le rend certainement plus proche de nous. Car il est trop facile de s'absoudre d'accomplir le travail quand même ardu qui mène à la cessation de l'insatisfaction, en grandissant exagérément la personne qui y est arrivée.
Kapilavastu était une république dirigée par le clan Sakya, ce qui fait de Suddhodana un "roi" comme nous dirions "le chef". Le roi des Shakya était élu, ce qui a pu être déterminant dans la décision de son fils Siddharta de quitter la vie de famille. Le jeune homme avait reçu l'entraînement qui était celui d'un kshatriya, un guerrier, et savait mener un cheval, se battre à l'épée et tirer à l'arc. Ces données lui servirent souvent dans son enseignement. Mais il semble bien qu'il avait quand même des côtés de macho de base, arrogant sans même s'en rendre compte et condescendant envers les femmes.
Lorsqu'il établit le Sangha, il en exclut les femmes, et il fallut toute l'insistance de son épouse (ex-épouse), de sa tante (et mère adoptive) et de son cousin Ananda pour qu'il accepte enfin de changer d'idée. On le voit, il n'était pas infaillible, et pouvait reconsidérer une décision. On voit aussi que cette décision n'allait pas de soi, car elle déplut visiblement à une partie de ses disciples, et on peut certainement le déduire des éléments postérieurs qui accablent Ânanda, lui reprochant d'avoir été un licencieux, pour avoir arraché cette décision.
Il existe une façon paradoxale de trahir les maîtres, qui est de prétendre leur être fidèle. En s'attachant de façon excessive à la forme de ce qu'ils ont dit et de la manière dont il l'ont dit, on s'expose à trahir l'esprit de leur démarche, qui était que nous apprenions par leur exemple à nous libérer, point barre. Les maîtres (les vrais, s'entend) n'enseignent pas pour avoir des disciples autour d'eux. En général, ils s'en passeraient, plutôt. C'est leur voeu de libérer tous les êtres qui les contraint à accepter d'aider les autres à se libérer. Et si la personne n'a pas vraiment l'intention de se libérer, mais bien plutôt de changer de chaînes (passer de leurs vieilles chaînes rouillées a de belles chaînes exotiques, décorées et niellées), le maître risque fort de ne pas trop s'impliquer, parce que c'est du temps perdu : on n'aide jamais quelqu'un malgré eux.
On est toujours tenté par la fidélité à son maître. Maître Nishijima était quelqu'un de profondément humain, qui faisait (peut-être trop) facilement confiance. Cela entraînait parfois des moments de paranoïa où il se demandait s'il avait bien eu raison. Même si nous faisions totalement confiance à son jugement en matière de bouddhisme, ses opinions dans des domaines autres (par exemple, la politique) pouvaient nous laisser de marbre. C'est important, parce que nier ses défauts ne rendrait nullement service à sa mémoire, en le mettant au rang des dieux.
Il en va de même pour maître Deshimaru. L'aurait-on suivi s'il avait dit: "Ecoutez, je suis un gros nul, j'ai raté ma vie professionnelle et familiale, et j'ai fui le Japon parce que je n'en pouvais plus, mais faites-moi confiance, je vais vous enseigner la Voie de la Libération !" ? Alors qu'il est évident qu'il lui fallait, dans son cas, rater sa vie professionnelle et familiale pour pouvoir transmettre le Dharma.
C'est pourquoi nous devons manifester notre reconnaissance pour ceux qui nous transmettent la Lampe en reconnaissant ce qu'ils étaient réellement, et pas ce que nous aimerions pouvoir fantasmer sur eux... Surtout que je n'ai, à titre personnel, aucune, mais absolument AUCUNE envie qu'on fantasme sur moi.
Il y a plus de quatre ans que je n'ai plus rien écrit sur ce blog, tellement je ne suis pas un écrivain. Parfois il m'arrive d'écrire, mais c'est généralement dans les trains, et c'est à la main avec de l'encre et du papier. Ensuite, il faudrait tout retranscrire, mais de retour à la maison, trop de distractions m'en empêchent. Et l'autre jour, j'ai retrouvé un livre de notes dans lequel j'avais quelques textes. Je me suis dit que j'allais en partager quelques uns.
Une des caractéristiques du Bouddhisme, c'est la profonde humanité de ses grands personnages.
Le Bouddha n'y échappe pas, qui reste profondément humain, avec des défauts et des travers, loin de l'être infaillible de la piété traditionnelle.
Mais cette idée ne plaît pas à tout le monde. Les personnes en quête de merveilleux, pour qui les lois naturelles de la physique doivent avoir des exceptions "exceptionnelles" veulent souvent à toute force croire que le Bouddha pouvait voler en l'air, transporter des foules de l'autre côté des fleuves, purifier l'eau boueuse par miracle, etc. Je ne veux pas dire qu'il était incapable de certaines des choses qui lui sont attribuées, mais disons, que je trouve plus raisonnable d'en douter, d'une part, et que de lui restituer ses éventuelles faiblesses, d'autre part, le rend certainement plus proche de nous. Car il est trop facile de s'absoudre d'accomplir le travail quand même ardu qui mène à la cessation de l'insatisfaction, en grandissant exagérément la personne qui y est arrivée.
Kapilavastu était une république dirigée par le clan Sakya, ce qui fait de Suddhodana un "roi" comme nous dirions "le chef". Le roi des Shakya était élu, ce qui a pu être déterminant dans la décision de son fils Siddharta de quitter la vie de famille. Le jeune homme avait reçu l'entraînement qui était celui d'un kshatriya, un guerrier, et savait mener un cheval, se battre à l'épée et tirer à l'arc. Ces données lui servirent souvent dans son enseignement. Mais il semble bien qu'il avait quand même des côtés de macho de base, arrogant sans même s'en rendre compte et condescendant envers les femmes.
Lorsqu'il établit le Sangha, il en exclut les femmes, et il fallut toute l'insistance de son épouse (ex-épouse), de sa tante (et mère adoptive) et de son cousin Ananda pour qu'il accepte enfin de changer d'idée. On le voit, il n'était pas infaillible, et pouvait reconsidérer une décision. On voit aussi que cette décision n'allait pas de soi, car elle déplut visiblement à une partie de ses disciples, et on peut certainement le déduire des éléments postérieurs qui accablent Ânanda, lui reprochant d'avoir été un licencieux, pour avoir arraché cette décision.
Il existe une façon paradoxale de trahir les maîtres, qui est de prétendre leur être fidèle. En s'attachant de façon excessive à la forme de ce qu'ils ont dit et de la manière dont il l'ont dit, on s'expose à trahir l'esprit de leur démarche, qui était que nous apprenions par leur exemple à nous libérer, point barre. Les maîtres (les vrais, s'entend) n'enseignent pas pour avoir des disciples autour d'eux. En général, ils s'en passeraient, plutôt. C'est leur voeu de libérer tous les êtres qui les contraint à accepter d'aider les autres à se libérer. Et si la personne n'a pas vraiment l'intention de se libérer, mais bien plutôt de changer de chaînes (passer de leurs vieilles chaînes rouillées a de belles chaînes exotiques, décorées et niellées), le maître risque fort de ne pas trop s'impliquer, parce que c'est du temps perdu : on n'aide jamais quelqu'un malgré eux.
On est toujours tenté par la fidélité à son maître. Maître Nishijima était quelqu'un de profondément humain, qui faisait (peut-être trop) facilement confiance. Cela entraînait parfois des moments de paranoïa où il se demandait s'il avait bien eu raison. Même si nous faisions totalement confiance à son jugement en matière de bouddhisme, ses opinions dans des domaines autres (par exemple, la politique) pouvaient nous laisser de marbre. C'est important, parce que nier ses défauts ne rendrait nullement service à sa mémoire, en le mettant au rang des dieux.
Il en va de même pour maître Deshimaru. L'aurait-on suivi s'il avait dit: "Ecoutez, je suis un gros nul, j'ai raté ma vie professionnelle et familiale, et j'ai fui le Japon parce que je n'en pouvais plus, mais faites-moi confiance, je vais vous enseigner la Voie de la Libération !" ? Alors qu'il est évident qu'il lui fallait, dans son cas, rater sa vie professionnelle et familiale pour pouvoir transmettre le Dharma.
C'est pourquoi nous devons manifester notre reconnaissance pour ceux qui nous transmettent la Lampe en reconnaissant ce qu'ils étaient réellement, et pas ce que nous aimerions pouvoir fantasmer sur eux... Surtout que je n'ai, à titre personnel, aucune, mais absolument AUCUNE envie qu'on fantasme sur moi.
mercredi 17 juin 2015
Pratique estivale
Pendant l'été, les activités de Dogen Sangha Montpellier continuent.
Tous les mardis à 19 heures et les jeudis à 19h30.
12 rue Doria, Montpellier (les Arceaux).
Tél: 0678 452 742
Tous les mardis à 19 heures et les jeudis à 19h30.
12 rue Doria, Montpellier (les Arceaux).
Tél: 0678 452 742
La pratique quotidienne de Zazen
Une correspondante écrit:
"Cependant je sais qu'une pratique quotidienne est importante, mais j'aimerais savoir à quel point et pourquoi les grands méditants et maîtres recommandent vraiment cette pratique de manière QUOTIDIENNE absolument (...).
Mais au delà de cela pourquoi est ce si important? par exemple à une pratique hebdomadaire en dojo mais plus longue?
J'ai entendu un enseignant dire qu'il fallait au moins faire 20 a 25 minutes pour lâcher le "petit moi", du coup des pratiquants qui méditaient 10 min tous les jours et étaient contents d'eux se trouvaient alors soudainement découragés!
Bref, c'est bien difficile pour moi de m'y mettre quotidiennement, d'autant qu'il faut tout de meme un peu de temps pour installer quelque chose qui devienne une habitude par la suite. "
J'ai déjà dit ailleurs ce que je pensais de ces trucs sur le "petit moi" qui me font instinctivement froncer les sourcils, comme une odeur d'ammoniaque. On pratique comme on peut, au début 10 minutes, puis on allonge. L'important, c'est juste d'être confiant en la pratique et de se discipliner pour pratiquer tous les jours, comme un engagement. Le temps de pratique évolue tout seul; on commence à 10 minutes, on se torture à se dire que c'est pas assez, et quand on cesse, on a tout simplement envie d'allonger, sans trop y réfléchir, jusqu'à pratiquer 30 minutes, sans effort particulier. Parfois on pratique moins, parfois plus; il ne faut pas être rigide et se rendre malade avec ça. Juste s'asseoir tous les jours, c'est déjà une base solide, et cela vaut mieux qu'une sesshin de temps en temps.
C'est vrai qu'il vaudrait mieux vingt minutes au moins, mais à défaut, il vaut mieux dix minutes que rien du tout. Et lorsqu'on a pris l'habitude de le faire tous les jours, quitte à ce que ça ne soit que dix minutes, il arrive toujours un moment où on le fait plus longtemps, ne fut-ce que parce que la routine le permet plus aisément.
Maître Nishijima comparait cela à une cloche que l'on frappe pour la faire sonner. Si on la refrappe avant qu'elle ait tout à fait cessé de sonner, on la remet en vibration. Ou une voiture qu'on pousse: on lui donne un élan, mais si on la laisse s'arrêter, c'est plus difficile de l'ébranler que de la repousser alors qu'elle roule encore. Pratiquer tous les jours évite l'inertie.
Je comprends que les membres de "la secte" (lettres 1, 26 et 9) préfèrent qu'on ne pratique pas chez soi et seulement chez eux: cela permet de maintenir le contrôle des adeptes. Mais les raisons pratiques de le faire chez soi sont tellement de bon sens qu'il vaut mieux se créer une routine plutôt que d'écouter des décervelés.
J'ai vu des gens se perdre parce qu'ils voulaient retrouver dans leur pratique une chose qu'ils avaient entrevue lors de leur première fois. Or, plus on cherche à retrouver ces choses, et moins on y arrive. C'est aussi ça, le sens de la gratuité dans la pratique.
IL N'Y A PAS DE MAUVAIS ZAZEN. Qu'on se le dise. D'ailleurs on se sent parfois beaucoup mieux après un "mauvais" zazen comme si on avait guéri de quelque chose.
"Cependant je sais qu'une pratique quotidienne est importante, mais j'aimerais savoir à quel point et pourquoi les grands méditants et maîtres recommandent vraiment cette pratique de manière QUOTIDIENNE absolument (...).
Mais au delà de cela pourquoi est ce si important? par exemple à une pratique hebdomadaire en dojo mais plus longue?
J'ai entendu un enseignant dire qu'il fallait au moins faire 20 a 25 minutes pour lâcher le "petit moi", du coup des pratiquants qui méditaient 10 min tous les jours et étaient contents d'eux se trouvaient alors soudainement découragés!
Bref, c'est bien difficile pour moi de m'y mettre quotidiennement, d'autant qu'il faut tout de meme un peu de temps pour installer quelque chose qui devienne une habitude par la suite. "
J'ai déjà dit ailleurs ce que je pensais de ces trucs sur le "petit moi" qui me font instinctivement froncer les sourcils, comme une odeur d'ammoniaque. On pratique comme on peut, au début 10 minutes, puis on allonge. L'important, c'est juste d'être confiant en la pratique et de se discipliner pour pratiquer tous les jours, comme un engagement. Le temps de pratique évolue tout seul; on commence à 10 minutes, on se torture à se dire que c'est pas assez, et quand on cesse, on a tout simplement envie d'allonger, sans trop y réfléchir, jusqu'à pratiquer 30 minutes, sans effort particulier. Parfois on pratique moins, parfois plus; il ne faut pas être rigide et se rendre malade avec ça. Juste s'asseoir tous les jours, c'est déjà une base solide, et cela vaut mieux qu'une sesshin de temps en temps.
C'est vrai qu'il vaudrait mieux vingt minutes au moins, mais à défaut, il vaut mieux dix minutes que rien du tout. Et lorsqu'on a pris l'habitude de le faire tous les jours, quitte à ce que ça ne soit que dix minutes, il arrive toujours un moment où on le fait plus longtemps, ne fut-ce que parce que la routine le permet plus aisément.
Maître Nishijima comparait cela à une cloche que l'on frappe pour la faire sonner. Si on la refrappe avant qu'elle ait tout à fait cessé de sonner, on la remet en vibration. Ou une voiture qu'on pousse: on lui donne un élan, mais si on la laisse s'arrêter, c'est plus difficile de l'ébranler que de la repousser alors qu'elle roule encore. Pratiquer tous les jours évite l'inertie.
Je comprends que les membres de "la secte" (lettres 1, 26 et 9) préfèrent qu'on ne pratique pas chez soi et seulement chez eux: cela permet de maintenir le contrôle des adeptes. Mais les raisons pratiques de le faire chez soi sont tellement de bon sens qu'il vaut mieux se créer une routine plutôt que d'écouter des décervelés.
J'ai vu des gens se perdre parce qu'ils voulaient retrouver dans leur pratique une chose qu'ils avaient entrevue lors de leur première fois. Or, plus on cherche à retrouver ces choses, et moins on y arrive. C'est aussi ça, le sens de la gratuité dans la pratique.
IL N'Y A PAS DE MAUVAIS ZAZEN. Qu'on se le dise. D'ailleurs on se sent parfois beaucoup mieux après un "mauvais" zazen comme si on avait guéri de quelque chose.
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