dimanche 13 octobre 2019

De la compassion

Argument: dans l'égalité de la Vacuité, bien et mal son égaux.

Alors? Et le bien?
En fait, la compassion n'est pas dualiste. Le problème du dualisme, du bien et du mal, est insoluble.
La compassion ne se préoccupe pas du bien, dans l'absolu, mais d'harmonie cosmique.

Là, je sens que, pour plein de lecteurs, je viens de basculer dans le gnangnan niouédge. Mais en fait, cette expression "harmonie cosmique", aussi ridicule qu'elle puisse paraître, ne fait que résumer le fait que lorsque le monde tourne rond, le "mal" est absent. Le mal, après tout, n'est que la sottise en action, le résultat d'une croyance erronée qu'on puisse faire une saloperie et ne jamais la payer. Mais c'est là tout un sujet de discussion en soi.
Dans "Zen and the Art of Motorcycle Maintenance", Pirsig fait remonter au problème de la Vérité chez Socrate. Socrate (d'après Platon) cherche "la Vérité" et mène ses interrogatoires en fonction de cette quête. Le problème étant que ses adversaires parlent d'autre chose, l'aretê, terme que Pirsig dans son texte traduit par "Qualité".
En gros, ce que les sophistes enseignent, c'est ce que nous appellerions, "pouvoir se regarder dans une glace". Même si le résultat nous met dans une situation difficile, pouvoir se regarder dans une glace est primordial. Parce que la "vérité"... Dans les faits, la vérité, la réalité, est si complexe qu'il est pratiquement impossible de l'exprimer en mots. Parfois, la seule approximation qui soit à notre disposition est la poésie, parce que l'évocation fait appel à plus qu'aux seuls concepts intellectuels dont notre mental est capable. C'est aussi pourquoi cette quête de la "vérité" est nécessairement dualiste, oscillant entre le conceptuel et le matériel.

Lorsqu'on veut séparer le bien du mal, on a toujours recours à des distinctions faites à la hache. Dans une situation dualiste, on n'a guère le choix. "Tu es avec moi ou contre moi;""On ne peut pas être neutre." Et autres alternatives idiotes du même genre. Tout dualisme extrême ne nous laisse qu'une seule alternative. Il y a blanc ou il y a noir, il ne peut pas y avoir de nuances de gris.
C'est pourquoi il faut retirer aux notions de bien et de mal leur valeur absolue.
Si l'on se fixe comme règle de ne jamais faire le mal (ou, ce qui revient au même, à toujours faire le bien), on s'expose à des dilemmes du genre à ne pas tuer un assassin sur le point d'égorger une famille (je grossis le trait), ne pas corriger un môme qui casse la vaisselle ou torture un chat, etc.
C'est pourquoi ce qu'on appelle la "compassion", cette capacité de s'identifier à ce dont souffrent les autres, n'est pas une invitation à "souffrir avec eux", du genre se caler devant la télé et se tordre les mains devant les horreurs qu'on nous y montre, et ça s'arrête là. Dans sa capacité d'empathie avec la situation globale, elle permet de voir plus loin et de ne pas se laisser enfermer dans des choix qui n'en sont pas.

Ainsi, la compassion nous fait être bons quand c'est possible, sévère quand il le faut et par là-même, d'être juste, ce qui, en définitive reste le plus important. Il s'agit de se régler en harmonie avec l'ensemble du contexte où nous et les autres nous trouvons, ce qui permet de voir au delà de l'apparence immédiate. Il ne s'agit pas de choisir entre le monde des idées et celui de la matière, ni entre des paires comme le bien et le mal, le sombre et le clair, le noir et le blanc, toutes paires dont chaque élément n'existe et n'est défini que par son opposé. Dans la réalité, dans notre réalité, la matière et les idées, prises isolément, ne nous servent à rien. Elles ne se manifestent que dans l'action, et l'extrême complexité de la réalité nous garantit qu'il sera rare que tout se passe parfaitement et sans erreur. Le noir n'est jamais si noir et le blanc n'est jamais si blanc que nous ne puissions en trouver une nuance encore "plus". Et c'est ce qui fait qu'il puisse arriver que la véritable compassion consiste à ne rien faire.

vendredi 27 septembre 2019

Voici la version française d'un article de Brad Warner qui, bien qu'il ne s'applique guère tel quel chez nous, mérite quand même réflexion. Pour ma part, je le trouve instructif.



Les dojos zen ne sont pas des églises
Publié par Brad le 26 septembre 2019
http://hardcorezen.info/zen-dojos-are-not-churches/6543?fbclid=IwAR2YlWWVXCxMCo3FN8yqnL_mY5xFAE-Wvn-PNrm2T6tjX3IdOMetKbFMqMA

En regardant quelques unes des réponses à mon blog précédent, je pense que je commence à voir pourquoi je me trouve si souvent décontenancé par la façon dont certains voient la question de l’accueil et de l’inclusivité dans le Zen.
Dans ce blog précédent, j’ai comparé les centres bouddhistes aux églises. Le Pew Research Poll [Pew Research est un organisme américain d’enquête sur la fréquentation religieuse. NdT] les regroupe, et j’ai donc fait pareil. Mais en fait, je ne crois pas qu’on puisse considérer les centres bouddhistes zen comme des sortes d’églises. 
Ce sont des dojos, pareil que pour les arts martiaux.
Au Japon on entend souvent dire d’un espace où l’on pratique zazen que c’est un « zazen dojo », tout comme un endroit où l’on pratique le karaté est un « karate dojo » et un endroit pour l’aikido un « aikido dojo ». Je pense qu’il vaut mieux voir un centre zen comme un « zazen dojo » (ou « zen dojo » si vous préférez) plutôt que comme une église. Ce qui pourra aider à comprendre pourquoi les problèmes d’inclusivité etc. sont traités différemment dans un dojo zen par rapport aux églises [protestantes américaines, NdT] .
Un dojo de karaté ou d’aikido qui n’admettrait que des gens d’une race particulière ou refuserait d’en admettre certains sur la base de leur préférence sexuelle serait très suspect. Il se peut que de tels endroits existent, mais pour la plupart d’entre nous, c’est inacceptable. Il en va de même dans un dojo zen.
Il serait inacceptable pour un dojo zen de discriminer en fonction de la race, de l’orientation sexuelle, du genre, et d’autres trucs du même genre. Le Buddha acceptait des membres de toutes les castes et exigeait d’eux qu’ils se mélangent — au grand scandale de ses contemporains. Nous devrions suivre son exemple.
A cause de la nature du sport, la plupart des centres d’arts martiaux ont des salles différentes pour les hommes et les femmes. Pas parce qu’ils pensent qu’un sexe est supérieur à l’autre, mais parce qu’ils croient que les méthodes d’entraînement doivent être différentes. Ce qui peut nous aider à comprendre pourquoi les dojos zen ont traditionnellement séparé les sexes. 
Mais il yLes dojos zen ne sont pas des églises
Publié par Brad le 26 septembre 2019
http://hardcorezen.info/zen-dojos-are-not-churches/6543?fbclid=IwAR2YlWWVXCxMCo3FN8yqnL_mY5xFAE-Wvn-PNrm2T6tjX3IdOMetKbFMqMA

En regardant quelques unes des réponses à mon blog précédent, je pense que je commence à voir pourquoi je me trouve si souvent décontenancé par la façon dont certains voient la question de l’accueil et de l’inclusivité dans le Zen.
Dans ce blog précédent, j’ai comparé les centres bouddhistes aux églises. Le Pew Research Poll [Pew Research est un organisme américain d’enquête sur la fréquentation religieuse. NdT] les regroupe, et j’ai donc fait pareil. Mais en fait, je ne crois pas qu’on puisse considérer les centres bouddhistes zen comme des sortes d’églises. 
Ce sont des dojos, pareil que pour les arts martiaux.
Au Japon on entend souvent dire d’un espace où l’on pratique zazen que c’est un « zazen dojo », tout comme un endroit où l’on pratique le karaté est un « karate dojo » et un endroit pour l’aikido un « aikido dojo ». Je pense qu’il vaut mieux voir un centre zen comme un « zazen dojo » (ou « zen dojo » si vous préférez) plutôt que comme une église. Ce qui pourra aider à comprendre pourquoi les problèmes d’inclusivité etc. sont traités différemment dans un dojo zen par rapport aux églises [protestantes américaines, NdT] .
Un dojo de karaté ou d’aikido qui n’admettrait que des gens d’une race particulière ou refuserait d’en admettre certains sur la base de leur préférence sexuelle serait très suspect. Il se peut que de tels endroits existent, mais pour la plupart d’entre nous, c’est inacceptable. Il en va de même dans un dojo zen.
Il serait inacceptable pour un dojo zen de discriminer en fonction de la race, de l’orientation sexuelle, du genre, et d’autres trucs du même genre. Le Buddha acceptait des membres de toutes les castes et exigeait d’eux qu’ils se mélangent — au grand scandale de ses contemporains. Nous devrions suivre son exemple.
A cause de la nature du sport, la plupart des centres d’arts martiaux ont des salles différentes pour les hommes et les femmes. Pas parce qu’ils pensent qu’un sexe est supérieur à l’autre, mais parce qu’ils croient que les méthodes d’entraînement doivent être différentes. Ce qui peut nous aider à comprendre pourquoi les dojos zen ont traditionnellement séparé les sexes. 
Mais il y a des dojos d’arts martiaux où hommes et femmes se mélangent. Et en Occident de nos jours, il est habituel que les dojos zen soient mélangés. Et je pense que c’est une bonne chose.
Le Zen est différent des arts martiaux, de sorte que l’analogie n’est pas parfaite, particulièrement lorsqu’il s’agit de mélanger les sexes. Néanmoins, je crois que c’est une analogie utile et je vais continuer de l’utiliser.
Donc, est-ce qu’un dojo d’arts martiaux devrait être accueillant? Ça dépend de ce que vous appelez “accueillant.” Un dojo de karaté se doit d’être accueillant pour quiconque veut apprendre et pratiquer le karaté — sans égard à la race, et ainsi de suite. Mais il n’est nul besoin qu’un dojo de karaté soit accueillant pour ceux que la pratique du karaté n’intéresse pas — pas plus que pour ceux qui voudraient pratiquer le karaté dans un autre style que celui dans lequel le dojo a établi sa pratique.
Si vous alliez trouver le dirigeant d’un dojo de karaté en vous plaignant qu’il y a trop de coups de poing et de pied, et de cris, et que cela vous fait vous sentir rejeté, il vous dira probablement que vous êtes au mauvais endroit. Ou si vous lui disiez que vous n’aimez pas le style de son enseignement du karaté, il vous dirait probablment de vous chercher un autre enseignant.
Traditionnellement, c’est ainsi que les dojos zen répondent à cette sorte de plaintes. Déjà, pour commencer, un dojo dojo ne devrait laisser entrer personne qui n’ait prouvé qu’ils étaient à la hauteur des défis qui allaient leur être présentés. Il existe une tradition zen appelée tangaryo. Ce qui veut dire, littéralement, « passer la nuit ». En pratique, cela veut souvent dire passer plusieurs nuits dehors devant la porte du dojo zen, exposé aux éléments et au danger de se faire manger par un ours, suppliant qu’on vous laisse entrer (rappelez-vous qu’en japonais, il n’y a pas de vrai pluriel, et que ce n’est donc pas qu’une seule nuit). De nos jours, tangaryo est un peu plus stylisé et pourrait comprendre, par exemple, de faire zazen non-stop pendant cinq ou sept jours.
Une fois qu’on vous a laissé entrer, il y a du travail à faire. On donnait aux nouveaux venus les boulots les moins enviables à titre de mise à l’épreuve, pour voir s’ils pouvaient tenir. Les nouveaux venus étaient au plus bas de l’échelle sociale dans le dojo, et pouvaient donc s’attendre à subir des mauvais traitements de la part du reste des moines. Pas évidemment au point d’en arriver à de la cruauté ou des violences, mais, malheureusement, cela arrivait souvent. Mais il s’agissait encore d’une autre épreuve pour tester la détermination de l’aspirant moine.
C’est quelque chose de familier à qui s’est entraîné dans les arts martiaux. Mais pas à ceux qui entrent dans un dojo zen en espérant que ce soit comme dans une église, où l’on vous accueille avec des sourires, des embrassades et des cookies fraîchement sortis du four [encore une fois, les églises protestantes américaines]. Ce ne l’est pas non plus pour ceux qui s’attendent à ce que cela soit comme dans un magasin, où l’on doit les traiter comme de précieux clients.
Malheureusement, cette expectative d’un dojo zen qui serait comme une église ou un magasin où « le client a toujours raison » tend à devenir la norme aux USA. Et pire encore, ceux qui dirigent des dojos américains commencent à croire qu’il en va de leur devoir de traiter ceux qui entrent chez eux comme de nouveaux membres d’une église ou comme des clients à servir. On entend donc toutes sortes de plaintes disant que nos lieux doivent devenir plus accueillants et inclusifs. Et, malheureusement, nous nous y plions.
Pour redire ce qui l’a été, un dojo zen devrait permettre à qui veut pratiquer la possibilité d’essayer — sans égard à la race, l’orientation sexuelle, le genre (s’il s’agit d’un lieu mixte, comme ils le sont pour la plupart en Occident), et ainsi de suite. C’est bien aussi, quand un dojo zen permet des facilités aux personnes souffrant d’une infirmité. Zazen n’est pas aussi exigeant physiquement que les arts martiaux, et les personnes ayant des limitations physiques peuvent presque toujours trouver un moyen de pratiquer qui leur convienne.
Mais la limite, c’est que le Zen est une pratique et philosophie bien établie ayant des milliers d’années d’histoire qui a déjà passé par plusieurs cultures différentes. Il est donc très important que nous restions fidèles à la pratique telle qu’elle nous a été transmise . 
Ce qui veut dire que l’ambiance dans un dojo zen traditionnel pourrait être perçue comme peu accueillante pour quelqu’un qui s’attend à être traité comme dans une église ou un magasin. Je soupçonne que c’est là l’origine de beaucoup des plaintes qu’on entend chez les Américains qui entrent dans un dojo zen mixte. 
Même nos dojos zen américains les plus traditionnels paraîtraient chaleureux et câlins lorsqu’on les compare à ce qu’il y a en Extrême Orient. Cexu qui, comme moi, ont fait l’expérience des deux types sont souvent étonnés par la différence. Peut-être qu’un peu de ça, ça va. Mais si on se met à se plier de plus en plus aux désirs de confort et de facilité, nous ne sommes pas fidèles à la pratique du Zen. 
Elle n’est pas censée être confortable ni facile. Rien de valable ne l’est jamais. Si ça devient facile et confortable, ce n’est pas la pratique du Zen. C’est comme si vous éliminiez tous les coups de poings et coups de pieds et cris du karaté. Ce qui resterait ne serait plus du karaté. Si vous appelez ça du karaté, vous mentez à ceux qui veulent pratiquer.
Le Zen q déjà montré qu’il s’adaptait aux cultures autres que celle où il a commencé. Mais un de nos problèmes dans son introduction en Amérique, c’est que nous Américains sommes très prompts à vouloir changer les choses. L’esprit d’innovation est fort dans ce pays. Et il nous a bien servis par le passé. 
Le Zen, cependant, est une pratique conservatitrice. Et lente à évoluer. La plupart du temps, il n’y a pas de mouvement. Le changement, comme tout le reste dans le Zen, se produit à une vitesse que nous Américains tendons à trouver frustrante.
J’aimerais suggérer que nous Américains cessions de demander au Zen des changements qui nous arrangent. A la place, nous devrions pratiquer la tradition établie au mieux de nos capacités, telle qu’elle est. Quand, en tant qu’individus, nous aurons pratiqué de façon traditionnelle pendant quelques décennies, alors nous pourrons nous demander si des changements sont nécessaires.
Jusque là, nous devrions nous asseoir et la fermer. a des dojos d’arts martiaux où hommes et femmes se mélangent. Et en Occident de nos jours, il est habituel que les dojos zen soient mélangés. Et je pense que c’est une bonne chose.
Le Zen est différent des arts martiaux, de sorte que l’analogie n’est pas parfaite, particulièrement lorsqu’il s’agit de mélanger les sexes. Néanmoins, je crois que c’est une analogie utile et je vais continuer de l’utiliser.
Donc, est-ce qu’un dojo d’arts martiaux devrait être accueillant? Ça dépend de ce que vous appelez “accueillant.” Un dojo de karaté se doit d’être accueillant pour quiconque veut apprendre et pratiquer le karaté — sans égard à la race, et ainsi de suite. Mais il n’est nul besoin qu’un dojo de karaté soit accueillant pour ceux que la pratique du karaté n’intéresse pas — pas plus que pour ceux qui voudraient pratiquer le karaté dans un autre style que celui dans lequel le dojo a établi sa pratique.
Si vous alliez trouver le dirigeant d’un dojo de karaté en vous plaignant qu’il y a trop de coups de poing et de pied, et de cris, et que cela vous fait vous sentir rejeté, il vous dira probablement que vous êtes au mauvais endroit. Ou si vous lui disiez que vous n’aimez pas le style de son enseignement du karaté, il vous dirait probablment de vous chercher un autre enseignant.
Traditionnellement, c’est ainsi que les dojos zen répondent à cette sorte de plaintes. Déjà, pour commencer, un dojo dojo ne devrait laisser entrer personne qui n’ait prouvé qu’ils étaient à la hauteur des défis qui allaient leur être présentés. Il existe une tradition zen appelée tangaryo. Ce qui veut dire, littéralement, « passer la nuit ». En pratique, cela veut souvent dire passer plusieurs nuits dehors devant la porte du dojo zen, exposé aux éléments et au danger de se faire manger par un ours, suppliant qu’on vous laisse entrer (rappelez-vous qu’en japonais, il n’y a pas de vrai pluriel, et que ce n’est donc pas qu’une seule nuit). De nos jours, tangaryo est un peu plus stylisé et pourrait comprendre, par exemple, de faire zazen non-stop pendant cinq ou sept jours.
Une fois qu’on vous a laissé entrer, il y a du travail à faire. On donnait aux nouveaux venus les boulots les moins enviables à titre de mise à l’épreuve, pour voir s’ils pouvaient tenir. Les nouveaux venus étaient au plus bas de l’échelle sociale dans le dojo, et pouvaient donc s’attendre à subir des mauvais traitements de la part du reste des moines. Pas évidemment au point d’en arriver à de la cruauté ou des violences, mais, malheureusement, cela arrivait souvent. Mais il s’agissait encore d’une autre épreuve pour tester la détermination de l’aspirant moine.
C’est quelque chose de familier à qui s’est entraîné dans les arts martiaux. Mais pas à ceux qui entrent dans un dojo zen en espérant que ce soit comme dans une église, où l’on vous accueille avec des sourires, des embrassades et des cookies fraîchement sortis du four [encore une fois, les églises protestantes américaines]. Ce ne l’est pas non plus pour ceux qui s’attendent à ce que cela soit comme dans un magasin, où l’on doit les traiter comme de précieux clients.
Malheureusement, cette expectative d’un dojo zen qui serait comme une église ou un magasin où « le client a toujours raison » tend à devenir la norme aux USA. Et pire encore, ceux qui dirigent des dojos américains commencent à croire qu’il en va de leur devoir de traiter ceux qui entrent chez eux comme de nouveaux membres d’une église ou comme des clients à servir. On entend donc toutes sortes de plaintes disant que nos lieux doivent devenir plus accueillants et inclusifs. Et, malheureusement, nous nous y plions.
Pour redire ce qui l’a été, un dojo zen devrait permettre à qui veut pratiquer la possibilité d’essayer — sans égard à la race, l’orientation sexuelle, le genre (s’il s’agit d’un lieu mixte, comme ils le sont pour la plupart en Occident), et ainsi de suite. C’est bien aussi, quand un dojo zen permet des facilités aux personnes souffrant d’une infirmité. Zazen n’est pas aussi exigeant physiquement que les arts martiaux, et les personnes ayant des limitations physiques peuvent presque toujours trouver un moyen de pratiquer qui leur convienne.
Mais la limite, c’est que le Zen est une pratique et philosophie bien établie ayant des milliers d’années d’histoire qui a déjà passé par plusieurs cultures différentes. Il est donc très important que nous restions fidèles à la pratique telle qu’elle nous a été transmise . 
Ce qui veut dire que l’ambiance dans un dojo zen traditionnel pourrait être perçue comme peu accueillante pour quelqu’un qui s’attend à être traité comme dans une église ou un magasin. Je soupçonne que c’est là l’origine de beaucoup des plaintes qu’on entend chez les Américains qui entrent dans un dojo zen mixte. 
Même nos dojos zen américains les plus traditionnels paraîtraient chaleureux et câlins lorsqu’on les compare à ce qu’il y a en Extrême Orient. Cexu qui, comme moi, ont fait l’expérience des deux types sont souvent étonnés par la différence. Peut-être qu’un peu de ça, ça va. Mais si on se met à se plier de plus en plus aux désirs de confort et de facilité, nous ne sommes pas fidèles à la pratique du Zen. 
Elle n’est pas censée être confortable ni facile. Rien de valable ne l’est jamais. Si ça devient facile et confortable, ce n’est pas la pratique du Zen. C’est comme si vous éliminiez tous les coups de poings et coups de pieds et cris du karaté. Ce qui resterait ne serait plus du karaté. Si vous appelez ça du karaté, vous mentez à ceux qui veulent pratiquer.
Le Zen q déjà montré qu’il s’adaptait aux cultures autres que celle où il a commencé. Mais un de nos problèmes dans son introduction en Amérique, c’est que nous Américains sommes très prompts à vouloir changer les choses. L’esprit d’innovation est fort dans ce pays. Et il nous a bien servis par le passé. 
Le Zen, cependant, est une pratique conservatitrice. Et lente à évoluer. La plupart du temps, il n’y a pas de mouvement. Le changement, comme tout le reste dans le Zen, se produit à une vitesse que nous Américains tendons à trouver frustrante.
J’aimerais suggérer que nous Américains cessions de demander au Zen des changements qui nous arrangent. A la place, nous devrions pratiquer la tradition établie au mieux de nos capacités, telle qu’elle est. Quand, en tant qu’individus, nous aurons pratiqué de façon traditionnelle pendant quelques décennies, alors nous pourrons nous demander si des changements sont nécessaires.
Jusque là, nous devrions nous asseoir et la fermer.

samedi 21 septembre 2019

Kanjizai Bosatsu

Je viens de voir un vieil (2017!) article sur
Essentially Nothing
où l'auteur, un nommé Lao Bendan explique un petit détail du Sûtra du Coeur.
Je l'ai beaucoup aimé, aussi je vous le fais passer.


Kanjizai

Une des choses que je trouve intéressantes dans le début du Sûtra du Coeur est l'utilisation du nom Kanjizai (顴自在) Bosatsu pour Avalokiteshvara. Au Japon, il semble que partout ailleurs, il/elle est appelé(e) Kannon (観音) Bosatsu à la place.

Les kanjis pour Kannon impliquent un bodhisattva (bosatsu) qui perçoit (観) activement les sons (音) du monde. Quelqu'un qui écoute les cris de détresse et les supplications de tous nous autres, êtres mortels pris dans le samsara et qui appelons à l'aide, et qui fait voeu d'utiliser tous les moyens possibles pour soulager notre détresse et notre souffrance.

Pour moi, cependant, les kanjis pour Kanjizai dessinent une autre image. Certes, on ne pourra jamais enlever le message "celle qui écoute les cris du monde" de tout discours sur Kanjizai Bosatsu, mais en regardant les kanjis, on découvre une autre facette de qui est ce bodhisattva.

Kan (顴) signifie toujours percevoir; plus que juste entendre, signifiant plus largement percevoir avec n'importe lequel des six sens. Ji (自) signifie soi-même; pointer du doigt directement vers son propre coeur (ou nez, au Japon) et remarque que l'on ne parle jamais que de soi-même. Zai, or Sai, par soi-même (在) signifie exister, existence.

Donc, Kanjizai Bosatsu (顴自在菩薩) peut être le bodhisattva qui perçoit directement sa propre existence. Le bodhisattva qui perçoit d'une façon directe, sans obstacle, et inconditionnelle, la façon dont il/elle existe réellement. Comment fait-il/elle cela? Dans la phrase du sûtra qui suit, 行深般若波羅蜜多時 (gyô ji haramita ji), il voit la vérité de l'existence au cours de sa pratique profonde, immergé qu'il est dans la Prajñâ Pâramitâ.

Pour moi, cela altère ma connaissance de Kannon lorsque je lis le Sûtra du Coeur. Il/elle n'est plus une divinité éloignée, inapprochable "quelque part par là-bas" qui voudrait bien m'aider lorsque j'arrive au point d'ébullition et que je hurle de douleur. Non, ce(tte) Kanjizai est une version avancée de vous et moi, un être qui a commencé avec les mêmes chaînes que celles que nous portons, mais qui, au cours du temps, et grâce à des efforts innombrables, a surmonté son conditionnement et est finalement arrivé(e) à comprendre qui et quoi au juste il/elle était réellement. Qui est quoi il/elle n'est justement pas. Qui s'est montré(e) capable de trancher tout son conditionnement, a pu ramper à travers les espaces entre les pensées, et a finalement pu rester là quand et aussi longtemps qu'il/elle le désire.

L'oeuf a été couvé, pour ainsi dire. Lorsqu'il/elle a brisé sa coquille, une nouvelle vie est venue à être; de même que le ver à soie quitte son cocon et que c'est un papillon qui en sort, on échange une vie pour une autre, même si cette vie est toujours la même qu'avant.

Et c'est avec cette vie nouvelle, cette nouvelle façon d'être, cette nouvelle capacité à simplement être sans tous les "trucs" conditionnés qui nous enferment en ce moment, que Kanjizai a pu s'asseoir et percevoir ce qu'est réellement l'existence. Et c'est avec cette vie nouvelle que toute souffrance ou infortune va disparaître.

Et ce n'est que lorsque l'on arrive à ce point qu'on peut honnêtement dire qu'on perçoit que la forme n'est pas différente de la vacuité (et vice versa) et que la forme est exactement la vacuité (et vice versa), et qu'il en va aussi de même pour les quatre autres skhandas. Tant qu'on ne sera pas arrivé à ce point, cependant, tout ça ne sera jamais qu'un entendement intellectuel, qui n'est pas la Prajñâ.

Quand j'entends "Kannon," j'imagine une divinité autre que moi-même qui propose son aide. Quand j'entends "Kanjizai," je m'imagine moi, assis sur mon zafu, immergé dans la Prajñâ Pâramitâ, et un jour m'extirpant du cocon. Juste avec les tout premiers kanjis, le Sûtra du Coeur fait de ceci un périple très, très personnel.

samedi 14 septembre 2019

C'est aujourd'hui la pleine lune.
Je recommande toujours à tous ceux et celles qui veulent bien m'entendre de renouveler leurs voeux des préceptes lors de la pleine lune, ou au moins à un jour approchant.
En effet, c'est là la seule cérémonie qu'ait institué le Bouddha, cérémonie au cours de laquelle on renouvelle son engagement à observer les préceptes et où on fait la récitation du repentir. Moi-même, je m'attache à faire cette démarche, même seul.

Je regrette en fait qu'elle soit si négligée dans les communautés zen. Certes, Deshimaru ne l'a pas instituée et c'est, pour certains, suffisant pour ne pas s'en inquiéter. C'est trop vite oublier que Deshimaru n'avait pas de formation de moine, avait même une formation bouddhique qui ne relevait visiblement pas de l'érudition, et avait beaucoup trop à faire pour un seul homme sur une aussi courte période de temps. Ce n'est pas une raison. Elle est simple, pourtant. Il s'agit de prononcer la phrase suivant laquelle tous les torts que nous avons commis par le passé provenaient de l'avidité, de l'aversion et de l'ignorance éternelles, étaient le produit du corps, de la parole et de l'esprit, et que nous nous en repentons. Après quoi, on prononce tous les préceptes et on s'engage à faire de son mieux pour les maintenir.
Cela peut paraître superflu, voire ridicule, mais il y a tant de zénistes qui prennent les préceptes en gloubi-boulga, sans comprendre un mot de ce qui est dit, que de rappeler une fois par mois ce qu'ils sont et ce à quoi ils engagent ne peut pas faire de mal, que je sache.

L'humain est animal symbolique. Certes je connais bon nombre de déçus de la religion ou de rationalistes qui la vomissent pour qui les cérémonies dans le zen sont juste une source d'irritation dont ils se déferaient volontiers. Mais même ces personnes ne trouveraient pas anormal de suivre les règles du protocole si on leur décernait une décoration ou un prix. Vêtements, attitudes, et tout le toutim sans même se rendre compte qu'il s'agit de la même chose. Ou si on les intronise chevaliers du taste-vin et qu'on les affuble d'une robe et d'un mortier. Il est des choses que nous avons besoin de solenniser, et pour cela il y a le rite.

Pensez-y...

mercredi 28 août 2019

Pierre de touche

C'est une notion qu'on peut facilement oublier, en particulier en cet âge du virtuel tous azimuts, mais "l'essai du titre à la pierre de touche est un procédé destiné à vérifier le titre d'un objet en alliage ou en métal précieux en orfèvrerie ou monnayage." Connu depuis l'Antiquité, l'essai consiste à frotter la pièce à vérifier sur une pierre dure (par exemple du jaspe noir) et à comparer les réactions de l'acide sur ce résultat et sur une marque produite par un métal de référence.

La pierre de touche qui permet de repérer si ce qu'on vous propose est ou non bouddha-dharma, c'est anicca, dukkha et anatta. Anicca (anytia en sanscrit) est le terme pâli (la langue dans laquelle a été réalisé le Canon Pâli, référence absolue du Bouddhisme Théravada). Le A- est privatif, comme dans a-phone, et il s'agit de l'impermanence, aussi appelée entropie, qui dit qu'il est inutile de s'attacher à quoi que ce soit, parce que les choses se détériorent ou se brisent. Les sentiments n'y échappent pas. Les relations humaines changent, sujettes qu'elles sont aux circonstances. Je connais une chanson qui dit que nous ne sommes que poussière dans le vent (https://www.youtube.com/watch?v=tH2w6Oxx0kQ). Elle dit: "Rien ne dure éternellement que la terre et le ciel", mais même cela n'est pas vrai. La terre et le ciel ne dureront pas éternellement; juste plus longtemps que nous.
Dukkha (duḥkha en sanscrit), est l'insatisfaisance. On le traduit souvent pas "souffrance" ce qui est aussi incorrect. Le mot est au départ un terme technique de charronnerie qui fait référence à l'ajustement d'une roue sur son moyeu. Une roue qui grince à cause d'un point dur, ou d'une détérioration de son ajustement (ou, de nos jours, de son roulement à billes) est une situation insatisfaisante. On en souffre, ne fut-ce qu'à cause du grincement, mais il s'agit surtout d'une situation insatisfaisante. Bref. On dit qu'il y en a trois (Troyes-en Champagne): physique, morale et existentielle. Le Bouddha mentionne fort judicieusement que nous souffrons parce que nous sommes séparés de ceux qu'on aime, en compagnie de ceux qu'on n'aime pas, qu'on n'a pas ce qu'on veut, et que ce qu'on a, on n'en veut pas!
Enfin, le point le plus difficile, anatta (anatman en sanscrit). On le traduit souvent par "non-soi" et c'est le plus mal compris des trois.

Parce que c'est "non-soi", on va vous dire de "détruire votre ego". Dans le style sottise abyssale, c'est difficile de faire mieux, mais, comme par hasard, ceux qui vont vous dire de "détruire votre ego" (sur un ton généralement bien suffisant) n'ont généralement pas l'impression qu'à eux-mêmes il reste du chemin à faire. D'autres vont vous dire que "rien n'existe", ce qui permet aux déistes d'affirmer que les bouddhistes ne croient en rien.
Mais c'est en fait bien plus simple; et c'est sans doute pourquoi c'est si difficile. En fait, dire "rien n'existe" est une phrase tronquée. Rien n'existe qui soit séparé de son contexte. Autrement dit, il y a toujours un contexte, et l'individu, l'objet ou le sentiment en sont inséparables.

Ces trois bases sont ce qui nous permet de comprendre, et le pourquoi, et le mode de fonctionnement de la "compassion". Le Dalaï Lama, entre autres, dit qu'il faut être intelligemment égoïste. Car lorsqu'on prend conscience du concept environnemental qu'implique l'idée de non-soi (c'est-à-dire de "non-tout-seul-au-monde"), tout prend une coloration différente. On fait attention à son environnement pour ne pas avoir à vivre dans un contexte déplorable (on dit dans le Sud-Ouest, "si on cague partout, il ne faut pas s'étonner de marcher dans la m..."), on se met à désirer le bonheur de ceux qui nous entourent, pour, par exemple, que telle personne insupportable, du fait qu'elle aille mieux, puisse enfin nous lâcher la grappe!

La conclusion, lorsqu'on tient correctement compte de ces trois, c'est que, sachant l'impermanence de toute chose, on cesse de s'y attacher. Ce qui ne veut pas dire qu'on jette tout! Mais que, si on casse ou perd quelque chose, on n'en soit pas ou peu touché.

jeudi 22 août 2019

La gratuité

On ne pratique pas le Zen pour être plus patient: le Zen, comme d'ailleurs un grand nombre d'activités humaines, a besoin de gratuité. Si la pratique n'est pas gratuite, si on ne la fait que pour un but donné, outre que ce dernier peut vite devenir illusoire, on perd une grande partie de l'intérêt.

Donc on ne pratique pas le Zen pour être plus patient. Mais il se trouve que, quand on pratique le Zen, on devient plus patient. Posons-nous donc la question de savoir si ce qu'on appelle "Zen" en est réellement, si notre capacité de patience n'a pas augmenté. Si on a tendance à dire "Mon Zen est le vrai Zen, le tien est un faux Zen", on peut légitimement s'interroger sur sa pratique.

mercredi 24 juillet 2019

L'éveil, c'est Zazen II

Donc, que penser de la valeur "réelle," historique du Shihô?

Il se trouve que l'enseignement du Bouddhisme a toujours passé par l'apprentissage. Car c'est une pratique/étude. On ne peut pas s'y contenter d'une étude purement intellectuelle, elle doit être obligatoirement être mise en pratique. Et cela implique une transmission personnelle "en dehors des écritures" (pour reprendre une antique formule) où une personne physique montre comment faire à une autre personne physique. Et ceci veut dire que, de façon certaine, et absolue, la lignée depuis le Bouddha Gautama est ininterrompue. C'est juste qu'on ne connaît pas les noms exacts des personnes physiques historiques qui se font suite. Ou que, lorsqu'on les connaît, ils ne sont que des indicateurs, sans plus.

Par exemple, une des personnes participant à cette discussion me faisait valoir à quel point certain maître (dont nous tairons le nom: vous savez de qui il s'agit) avait été important pour elle, à cause de tout ce qu'il lui avait enseigné, même s'il avait senti le besoin de passer à autre chose. Que je pense que ce maître soit un faiseur insincère ne change rien: il n'en demeure pas moins un chaînon de la transmission. Et des comme lui, en 25 siècles, il a dû y en avoir une floppée.

De plus, on pourrait dire que personne n'a jamais eu l'Eveil, même le Bouddha! L'Eveil n'est pas une chose qu'on pourrait posséder. Il est important de se débarrasser des fantasmes sur l'Eveil "qui va [nous] transformer en maître absolu du monde, des gens, des pays, des vies, et partout à la ronde, on ne parlera que de (nous)"

C'est pour cette raison que l'on dit que l'Eveil, c'est Zazen. Le Bouddha l'a pratiqué toute sa vie, 45 ans après l'Eveil. Il a toujours dit à ses disciples de le pratiquer. L'Eveil, c'est un "bon sang! mais c'est bien sûr!" où tout à coup l'on voit ce qui avait toujours été là, mais qu'on ne savait pas voir. Et c'est la pratique assidue, quotidienne, de Zazen qui permet d'y accéder. Pour qui pratique ainsi Zazen, l'Eveil se manifeste dans la vie quotidienne. Pas de façon toujours spectaculaire. Parfois même à notre insu. Zazen nous amène à le manifester, et donc à être un bouddha.

Evidemment, à des degrés divers.

Dans les sûtras agama ou ceux du Canon Pâli, on voit le Bouddha régulièrement rencontrer Mâra sur son chemin. A chaque fois, Mâra se prend une rouste, certes, mais n'en reste pas moins le fait que le Bouddha le retrouve sur sa route si souvent et si tard après son expérience initiale à Bodhgaya. Evidemment, il ne faut pas interpréter cela au pied d ela lettre. Mr ex-Sidhhârta Gautama, du clan des Shâkyas n'a certes pas physiquement rencontré Mr Mâra au coin d'une rue, mais que, même après l'Anuttara Samyaksambodhi, le Bouddha a été soumis à la tentation (mais aussi qu'il en est sorti vainqueur!).

Les kôans sont bourrés d'exemples de maîtres chinois qui admettent ne pas toujours être à la hauteur. Cette idée est très déstabilisante pour qui imagine une situation où, une fois arrivés, on ne pourrait plus jamais retourner en arrière. La chronique contemporaine nous montre pourtant en abondance l'exemple contraire.

Mais la pratique quotidienne de Zazen, couplée à la gratuité de l'intention, le refus de rechercher un but, un objectif (justement celui "d'être arrivé"), est ce qui nous permet de mieux être présents à tout ce qu'est notre vie quotidienne, et à manifester (parfois) l'Eveil dans nos actions ordinaires.