dimanche 14 juillet 2019

L'âne et la carotte

La carotte peut-elle faire le bonheur de l'âne?

Tout le monde connaît le truc de la carotte pendue au bout d'une perche, devant le nez de l'âne, pour le faire avancer.
L'autre jour, à la vue d'un gamin hurlant "j'ai envie" face à la vitrine d'un magasin de babioles à un euro, je me suis rappelé un incident du même genre avec un mien neveu et me revoilà parti sur les trois poisons: avidité, aversion et ignorance.

Il semble bien que l'avidité soit un des moteurs principaux de l'être humain. Selon David Loy (et j'acquiesce), cette avidité est en relation avec le non-soi. J'ai redit ailleurs que le bouddha-dharma enseigne le non-soi, c'est-à-dire que rien n'existe en soi. Or, si ce principe est relativement facile à intégrer, en ce qui concerne les choses et les objets, par exemple qu'il n'y a pas de livres sans papier et sans encre, qu'il n'y a pas de papier sans fibre cellulosique et son élaboration, qu'il n'y a pas d'encre sans suie et huile, que l'auteur est indispensable, etc., admettre pour soi-même ce processus est un poil plus difficile.

Et même si nous voulons l'admettre pour notre corps, nos besoins physiques, nos origines etc., il reste un petit réduit pour lequel nous n'avons guère envie d'admettre le non-soi, et qui est notre conscience. L'homme a donc imaginé une âme immortelle emprisonnée dans un corps temporaire; après quoi il y a plusieurs versions, dont celle du Christianisme de choix entre l'enfer ou le paradis pour l'éternité, avec parfois l'idée d'un purgatoire temporaire avant le paradis pour l'éternité. Ce schéma comporte de nombreuses variantes, qu'on retrouve même dans le bouddha-dharma mahâyanique; il est concurrencé par le schéma métempsychotique où l'âme papillonne d'une existence à l'autre, avec ou sans existences animales, l'idée de base étant toujours de récompenser les bons et de punir les méchants.

L'idée de base du bouddha-dharma est que l'être humain sait, au plus profond de lui-même, cette réalité du non-soi, et il tente par tous les moyens de se prouver le contraire, en particulier au moyen de la possession: "Je possède, donc je suis". L'idée générale étant "je vaux quelque chose, puisque je possède tant", ou "puisque j'ai tant de pouvoir..." ou "puisque tant de gens m'admirent..." et ainsi de suite.

A plus petite échelle, cela se manifeste avec la voiture, la montre, les vêtements, le ou la partenaire. Exister dans le regard des autres, puisque cela n'est pas possible dans le sien propre (trop insuffisant.)

Donc, pour revenir à la carotte, si je n'obtiens pas ce que je désire, c'est mon existence même qui en est menacée!

Un des cas les plus typiques, c'est celui du désir charnel et de la jalousie. Le domaine des passions où le verbe pâtir a une si belle part! Certains vont même jusqu'à se suicider ("s'anéantir"), dans certains cas extrêmes. Les personnes les plus tourmentées par ce problème tendent à se lancer dans une politique d'acquisition sans fin: que ce soit en biens matériels, en pouvoir ou en conquêtes sexuelles, il n'y en a jamais assez. On leur donnerait une montagne d'or et ils en demanderaient une deuxième.

Comme c'est en fait le processus d'acquisition qui compte, et non pas l'acquis lui-même, le processus est sans fin et par là, désespérant. Exactement comme la carotte pendant au bout du museau de l'âne.

Donc, si l'on prend conscience de ce fait, la sagesse serait de cesser de courir après la carotte.

jeudi 20 juin 2019

Les quatre éléments et moi, de Brad Warner

Voici un nouveau texte de Brad Warner que je vous traduis.

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Les quatre éléments et moi
Publié par Brad le 20 juin 2019
(http://hardcorezen.info/the-four-elements-and-me/6376)












http://hardcorezen.info/the-four-elements-and-me/6376

Voici une question intéressante que j'ai reçue par courriel récemment :

Je pratiquais en suivant la respiration, et il m'est apparu que l'air que je respire est autant sinon plus "moi" que mes poumons. J'espère qu'il s'agit d'une supposition correcte.

Avec cette réalisation, j'ai tenté de comprendre les quatre éléments. Considérant l'interconnexion de toutes choses, il est facile de voir comment les êtres humains ont besoin de lumière et d'eau, tout comme les arbres, les écureuils, etc. Comment les quatre éléments s'insèrent-ils dans cette logique ? On dirait que l'air n'a nul besoin de l'oiseau ou que la terre n'a nul besoin du ver de terre. Celui-ci, d'autre part, a besoin de la terre, tout comme l'oiseau a besoin de l'air.

Peut-être est-ce là une chose où il faut pas faire intervenir la logique pour la comprendre ? Y a-t-il quelque livre que vous pourriez me recommander pour m'aider à comprendre ?


Voici ma réponse:

Je pense que les vers et les oiseaux sont un truc que produisent la terre, l'air et les autres éléments de la table périodique. Il n'y a rien dans un ver ou un oiseau -- pas plus qu'une personne -- qui n'ait un jour fait partie de la Terre ou de l'air ou de l'eau, etc. Il n'y a rien dans mon corps qui n'ait jamais fait partie de la Terre depuis sa formation il y a des milliards d'années.

Tous les éléments de ce corps ont été recyclés à travers d'innombrables êtres. Et avant qu'il y ait ce que nous appelons des "êtres vivants", les éléments constitutifs de mon corps faisaient partie de montagnes, de rivières, d'océans, et ainsi de suite. Peut-être que même ce que j'appelle erronément "ma conscience" a été recyclée de façon analogue. Elle traîne peut-être depuis aussi longtemps que tout le reste de ce dont je suis constitué.

Et la Terre fit jadis partie d'un nuage de gaz et de poussière géant, dont se sont formés le soleil et les autres planètes. Et ce nuage de gaz et de poussière fit jadis partie d'étoiles qui ont explosé il y a si longtemps que cela pourrait tout aussi bien être depuis toujours. Peut-être que ce que j'appelle "vie" et "conscience" ont toujours fait partie de ce truc. Il est sûr que le potentiel de vie et de conscience existait dans la prétendue "matière inerte" bien longtemps avant que nous soyons là pour tenter de les définir.

La vacuité est aussi une grande partie de ce que je suis. L'espace entre les atomes de mon corps est vaste en comparaison des atomes eux-mêmes. Les forces énergétiques qui tiennent ensemble ces atomes n'ont pas de forme physique. En dernière analyse, les atomes eux-mêmes sont fait d'énergie immatérielle. La forme est vacuité, et la vacuité est forme, comme le dit le Sûtra du Coeur.

Mais pourquoi font-ils ça? Puorquoi les éléments de la Terre — qui sont en dernier ressort les éléments de l'Univers — prennent-ils la forme d'êtres vivants ? Pourquoi prennent-ils la forme d'êtres humains ?

On pourrait penser qu'ils tirent un quelconque bénéfice de prendre la forme de vers, d'oiseaux, ou de nous. On pourrait penser qu'il y a une raison.

Je sais que la philosophie matérialiste considère que ce genre de choses n'apparaît que par le fait du hasard. Je sais aussi que cette vue est très populaire de nos jours. On dit souvent que la recherche scientifique ne soutient qu'une seule vue — qui est que la cause ultime de la vie, de l'univers et de tout le reste n'est autre qu'aléatoire. Et peut-être bien que c'est juste. Parce toutes les tentatives auxquelles j'ai assisté de trouver une cause différente finit par avoir l'air débile — comme dans le cas de la prétendue “science créationniste.”

Dôgen parlait d'une “foi profonde dans la cause et l'effet.” Il n'acceptait pas l'idée que quoi que ce soit se produise sans cause ou qu'une cause puisse manquer d'avoir un effet. Et pourtant, jamais il ne parle d'une “cause première” à la façon dont certains le font aujourd'hui. Peut-être a-t-il compris qu'il n'y a jamais de “cause première” ou que, si même il y avait quelque chose qu'on puisse appeler “cause première,” elle serait au delà de l'entendement humain.

Donc, peut-être est-il insensé de parler d'un “bénéfice” qu'obtiendraient la terre, l'air, l'eau et tous les autres éléments à se former en animaux, en plantes, et en personnes. C'est sans doute un concept trop humain pour s'appliquer aux éléments.

Je suis une extension de la Terre, et pourtant, je ne sais pas pourquoi la Terre a pris la forme de mon être. J'ai sans doute toujours été là, en tant que partie de la terre, de l'air, de l'eau etc. et voilà qu'une petite portion de tout cela apparaît en tant qu'être humain. Et que cet être s'imagine parfois risiblement en tant que créature indépendante. Cette blague !

Quoi qu'il en soit, si moi, portion de la terre, ne sait pas pourquoi moi (la Terre) m'a fait (Brad), il se peut que personne ne le sache. Il se peut bien que personne ne le sache.

Voici quelle est ma spéculation, pour ce qu'elle vaut. Ce qui n'est guère, à mon avis. Mais allons-y quand même. Peut-être bien que la Terre — et par extension l'Univers — cherche à se comprendre intellectuellement, et qu'une des façons d'y arriver est de prendre la forme de gens. Il y a peut-être d'autres formes d'êtres vivants ailleurs dans les vastes étendues de l'espace qui aident aussi l'Univers à apprendre à se comprendre. Et peut-être bien que certaines d'entre elles sont tout autant que nous dans l'illusion.

lundi 17 juin 2019

Bonjour

Il y a plus de quatre ans que je n'ai plus rien écrit sur ce blog, tellement je ne suis pas un écrivain. Parfois il m'arrive d'écrire, mais c'est généralement dans les trains, et c'est à la main avec de l'encre et du papier. Ensuite, il faudrait tout retranscrire, mais de retour à la maison, trop de distractions m'en empêchent. Et l'autre jour, j'ai retrouvé un livre de notes dans lequel j'avais quelques textes. Je me suis dit que j'allais en partager quelques uns.

Une des caractéristiques du Bouddhisme, c'est la profonde humanité de ses grands personnages.

Le Bouddha n'y échappe pas, qui reste profondément humain, avec des défauts et des travers, loin de l'être infaillible de la piété traditionnelle.

Mais cette idée ne plaît pas à tout le monde. Les personnes en quête de merveilleux, pour qui les lois naturelles de la physique doivent avoir des exceptions "exceptionnelles" veulent souvent à toute force croire que le Bouddha pouvait voler en l'air, transporter des foules de l'autre côté des fleuves, purifier l'eau boueuse par miracle, etc. Je ne veux pas dire qu'il était incapable de certaines des choses qui lui sont attribuées, mais disons, que je trouve plus raisonnable d'en douter, d'une part, et que de lui restituer ses éventuelles faiblesses, d'autre part, le rend certainement plus proche de nous. Car il est trop facile de s'absoudre d'accomplir le travail quand même ardu qui mène à la cessation de l'insatisfaction, en grandissant exagérément la personne qui y est arrivée.

Kapilavastu était une république dirigée par le clan Sakya, ce qui fait de Suddhodana un "roi" comme nous dirions "le chef". Le roi des Shakya était élu, ce qui a pu être déterminant dans la décision de son fils Siddharta de quitter la vie de famille. Le jeune homme avait reçu l'entraînement qui était celui d'un kshatriya, un guerrier, et savait mener un cheval, se battre à l'épée et tirer à l'arc. Ces données lui servirent souvent dans son enseignement. Mais il semble bien qu'il avait quand même des côtés de macho de base, arrogant sans même s'en rendre compte et condescendant envers les femmes.

Lorsqu'il établit le Sangha, il en exclut les femmes, et il fallut toute l'insistance de son épouse (ex-épouse), de sa tante (et mère adoptive) et de son cousin Ananda pour qu'il accepte enfin de changer d'idée. On le voit, il n'était pas infaillible, et pouvait reconsidérer une décision. On voit aussi que cette décision n'allait pas de soi, car elle déplut visiblement à une partie de ses disciples, et on peut certainement le déduire des éléments postérieurs qui accablent Ânanda, lui reprochant d'avoir été un licencieux, pour avoir arraché cette décision.

Il existe une façon paradoxale de trahir les maîtres, qui est de prétendre leur être fidèle. En s'attachant de façon excessive à la forme de ce qu'ils ont dit et de la manière dont il l'ont dit, on s'expose à trahir l'esprit de leur démarche, qui était que nous apprenions par leur exemple à nous libérer, point barre. Les maîtres (les vrais, s'entend) n'enseignent pas pour avoir des disciples autour d'eux. En général, ils s'en passeraient, plutôt. C'est leur voeu de libérer tous les êtres qui les contraint à accepter d'aider les autres à se libérer. Et si la personne n'a pas vraiment l'intention de se libérer, mais bien plutôt de changer de chaînes (passer de leurs vieilles chaînes rouillées a de belles chaînes exotiques, décorées et niellées), le maître risque fort de ne pas trop s'impliquer, parce que c'est du temps perdu : on n'aide jamais quelqu'un malgré eux.

On est toujours tenté par la fidélité à son maître. Maître Nishijima était quelqu'un de profondément humain, qui faisait (peut-être trop) facilement confiance. Cela entraînait parfois des moments de paranoïa où il se demandait s'il avait bien eu raison. Même si nous faisions totalement confiance à son jugement en matière de bouddhisme, ses opinions dans des domaines autres (par exemple, la politique) pouvaient nous laisser de marbre. C'est important, parce que nier ses défauts ne rendrait nullement service à sa mémoire, en le mettant au rang des dieux.

Il en va de même pour maître Deshimaru. L'aurait-on suivi s'il avait dit: "Ecoutez, je suis un gros nul, j'ai raté ma vie professionnelle et familiale, et j'ai fui le Japon parce que je n'en pouvais plus, mais faites-moi confiance, je vais vous enseigner la Voie de la Libération !" ? Alors qu'il est évident qu'il lui fallait, dans son cas, rater sa vie professionnelle et familiale pour pouvoir transmettre le Dharma.

C'est pourquoi nous devons manifester notre reconnaissance pour ceux qui nous transmettent la Lampe en reconnaissant ce qu'ils étaient réellement, et pas ce que nous aimerions pouvoir fantasmer sur eux... Surtout que je n'ai, à titre personnel, aucune, mais absolument AUCUNE envie qu'on fantasme sur moi.

mercredi 17 juin 2015

Pratique estivale

Pendant l'été, les activités de Dogen Sangha Montpellier continuent.
Tous les mardis à 19 heures et les jeudis à 19h30.
12 rue Doria, Montpellier (les Arceaux).
Tél: 0678 452 742

La pratique quotidienne de Zazen

Une correspondante écrit:

"Cependant je sais qu'une pratique quotidienne est importante, mais j'aimerais savoir à quel point et pourquoi les grands méditants et maîtres recommandent vraiment cette pratique de manière QUOTIDIENNE absolument (...).
Mais au delà de cela pourquoi est ce si important? par exemple à une pratique hebdomadaire en dojo mais plus longue?
J'ai entendu un enseignant dire qu'il fallait au moins faire 20 a 25 minutes pour lâcher le "petit moi", du coup des pratiquants qui méditaient 10 min tous les jours et étaient contents d'eux se trouvaient alors soudainement découragés!
Bref, c'est bien difficile pour moi de m'y mettre quotidiennement, d'autant qu'il faut tout de meme un peu de temps pour installer quelque chose qui devienne une habitude par la suite. "


J'ai déjà dit ailleurs ce que je pensais de ces trucs sur le "petit moi" qui me font instinctivement froncer les sourcils, comme une odeur d'ammoniaque. On pratique comme on peut, au début 10 minutes, puis on allonge. L'important, c'est juste d'être confiant en la pratique et de se discipliner pour pratiquer tous les jours, comme un engagement. Le temps de pratique évolue tout seul; on commence à 10 minutes, on se torture à se dire que c'est pas assez, et quand on cesse, on a tout simplement envie d'allonger, sans trop y réfléchir, jusqu'à pratiquer 30 minutes, sans effort particulier. Parfois on pratique moins, parfois plus; il ne faut pas être rigide et se rendre malade avec ça. Juste s'asseoir tous les jours, c'est déjà une base solide, et cela vaut mieux qu'une sesshin de temps en temps.

C'est vrai qu'il vaudrait mieux vingt minutes au moins, mais à défaut, il vaut mieux dix minutes que rien du tout. Et lorsqu'on a pris l'habitude de le faire tous les jours, quitte à ce que ça ne soit que dix minutes, il arrive toujours un moment où on le fait plus longtemps, ne fut-ce que parce que la routine le permet plus aisément.

Maître Nishijima comparait cela à une cloche que l'on frappe pour la faire sonner. Si on la refrappe avant qu'elle ait tout à fait cessé de sonner, on la remet en vibration. Ou une voiture qu'on pousse: on lui donne un élan, mais si on la laisse s'arrêter, c'est plus difficile de l'ébranler que de la repousser alors qu'elle roule encore. Pratiquer tous les jours évite l'inertie.

Je comprends que les membres de "la secte" (lettres 1, 26 et 9) préfèrent qu'on ne pratique pas chez soi et seulement chez eux: cela permet de maintenir le contrôle des adeptes. Mais les raisons pratiques de le faire chez soi sont tellement de bon sens qu'il vaut mieux se créer une routine plutôt que d'écouter des décervelés.

J'ai vu des gens se perdre parce qu'ils voulaient retrouver dans leur pratique une chose qu'ils avaient entrevue lors de leur première fois. Or, plus on cherche à retrouver ces choses, et moins on y arrive. C'est aussi ça, le sens de la gratuité dans la pratique.

IL N'Y A PAS DE MAUVAIS ZAZEN. Qu'on se le dise. D'ailleurs on se sent parfois beaucoup mieux après un "mauvais" zazen comme si on avait guéri de quelque chose.

vendredi 29 octobre 2010

Mondo avec Brad Warner

PREMIÈRE QUESTION DU JOUR:
Parlez-nous de la motivation à continuer la pratique de zazen.

Je pratique zazen depuis environ 5 ans tous les jours, et j'ai l'impression que cela m'est devenu en quelque sorte facile, maintenant. Ce qui est marrant, c'est que plus cela m'est facile et plus il m'est difficile de me trouver des raisons de poursuivre ma pratique. Je veux dire par là qu'au début, c'était assez sympa lorsque j'arrivais à m'asseoir, disons vingt minutes face au mur, mais je trouve qu'il est moins évident aujourd'hui de trouver du sens à poursuivre. Je me demandais si vous auriez quelque chose de brillant à dire sur ce sujet?


MA REPONSE:
C'est là l'une des questions qu'on me pose le plus souvent. Comment entreprend-on la pratique du Zen? Et comment poursuit-on?

Les personnes qui posent ces questions finissent généralement par s'interroger sur la motivation. Mais je me demande si celle-ci est vraiment ce dont nous avons besoin.

Le but avoué d'un discours de Dharma est habituellement l'"encouragement." Le discours est censé fournir aux auditeurs une motivation à poursuivre cette pratique si souvent difficile et apparemment inutile. Lorsque ces discours de Dharma comprennent souvent -- comme c'est souvent le cas chez moi" des phrases comme celle, célèbre, de Kodo Sawaki à l'effet que "Zazen ne sert à rien" on a souvent l'impression qu'ils manquent tout à fait à leur objectif. Pourquoi poursuivre une pratique qui ne sert à rien?

La seule façon dont je puisse répondre à cette question est de tenter de comprendre pourquoi je continue de pratiquer. Je suppose que je suis un bon cas d'école, car voilà bien vingt ans que je poursuis cette pratique inutile et que je n'ai aucune intention d'arrêter. Et pourtant, je me demande souvent pourquoi je le fais, même au moment où je suis assis sur une serviette roulée face au mur d'une chambre d'hôtel dans un pays étranger, avec les hurlements des sirènes ou les appels à la prière que gueulent les haut-parleurs de la mosquée voisine et qui me déchirent les tympans, vu que je me suis réveillé tôt et que j'ai remis le déjeuner à plus tard, histoire de faire cela.

Et pourtant, au moment même où je me demande pourquoi je le fais, je continue à le faire. Même en sachant que ça ne sert à rien, je continue à m'asseoir. Suis-je bête? Peut-être. Et c'est peut-être ce qu'il y faut.

A une époque, je pratiquais zazen parce que j'aurais voulu avoir une expérience d'éveil. Purement et simplement. Je n'ai pas commencé par cette motivation. Mais peu après avoir commencé la pratique, j'ai lu les Trois Piliers du Zen de Philip Kapleau avec ses extraordinaires descriptions d'authentiques expériences d'éveil et j'en voulais une, moi aussi. Ce qui s'est révélé être assez pourri comme motivation, vu que ça n'arrivait jamais. J'ai donc laissé tomber.

C'est lorsque j'ai laissé tomber zazen que j'ai découvert la seule forme de motivation qui ait jamais réellement marché. Très simplement, lorsque j'ai cessé de pratiquer zazen, je me suis senti comme une merde. Les premières rares fois où j'ai cessé la pratique, je n'ai pas vraiment bien compris pourquoi je me sentis aussi merdique. Puis, lorsque je m'y remettais, les choses allaient un peu mieux. Il ne s'agissait pas d'une vaste amélioration. Mais cela valait mieux que de ne pas le faire. Je me suis donc remis à la pratique.

J'ai dit et redit ceci plus souvent que je ne puisse le compter. Je suis sûr que c'est dans tous mes livres sous une forme ou une autre. Et je sais que je l'ai écrit sur ce blog à plusieurs reprises aussi [NB: http://hardcorezen.blogspot.com] Et pourtant, on me pose sans cesse à nouveau la question de la motivation.

Il y a deux ou trois choses que je puisse dire qui seraient utiles. L'une est que cela s'améliore. Il y a réellement des moments de pénétration et de transcendance. On peut se dégager d'un paquet de déchets qui pouvaient nous clouer au sol. On peut même arriver à l'une de ces prétendues "expériences d'éveil".

Je ne soutiens pas que ces choses-là n'arrivent pas. Au contraire. Et elles ont une valeur, c'est sûr. Et pourtant, comme j'ai dit, l'éveil c'est pour les tapettes. C'est pas le but de la pratique. Ce n'est pas ça l'objectif.

Au bout du compte, nous devons tous nous fournir notre propre motivation. Ce qui me motive à moi pourrait ne pas marcher pour vous. J'espère seulement que ceci pourra vous aider à trouver la vôtre.


QUESTION #2:
Vous dites que vous ne concentrez pas votre esprit sur quoi que ce soit en particulier, que vous laissez simplement votre conscience aller là où elle va, mais que vous vous assurez en permanence de la correction de votre posture.

Mon expérience est que chaque enseignant enseigne la posture de zazer un peu différemment. Le dos des mains sur les cuisses, les deux petits doigts sur l'estomac juste en dessous du nombril en serait un exemple.

Mais voici ma vraie question: lorsque zazen "se lève et marche" comme Kobun Chino Otogawa disait qu'il arrive parfois, comment s'assurer que la posture est correcte?


REPONSE #2:
C'en est là une autre qu'on me pose souvent. Une des variations populaires est: comment maintenir son esprit de zazen lorsqu'on n'est pas assis sur le zafu? Et là encore, je ne puis répondre qu'à partir de mon expérience personnelle.

Je travaillais beaucoup sur ce genre de choses, à une époque. Quand j'ai débuté, j'avais un boulot de postier à temps partiel. Donc, en faisant ma tournée, je faisais attention à mes sensations, à tenir mon dos droit et ma cage thoracique ouverte en marchant, à la couleur du ciel et aux sons qui m'entouraient. Ce genre de choses, quoi. J'avais dû lire ça dans un livre. Probablement pas un livre zen.

Je ne fais plus cela, réellement. Du moins, consciemment. J'ai peut-être intériorisé la chose et m'en suis fait une habitude. Je n'en sais rien.

Il est arrivé un moment, après peut-être une dizaine d'années de pratique, où j'ai remarqué quelque chose d'étrange: les couleurs étaient plus vives, les sons plus nets, ma vision plus claire et mes sens en quelque sorte affûtés. C'était comme si un grand voile de gaze noire qui aurait enveloppé mon corps tout entier avait été enlevé et que je pouvais enfin voir et ressentir les choses directement. La seule autre fois où j'avais ressenti quoi que ce soit de ce genre, c'était lorsque j'avais pris du LSD.

Quelle en fut la cause? Je n'en sais rien. Plus de dix ans de zazen tous les matins plus des tas de sesshins de plusieurs jours ont certainement fait leur part, mais ce n'était pas quelque chose que j'avais recherché.

Aujourd'hui, je n'ai pas l'impression que cela soit correcte lorsque je suis affalé sur une chaise ou un canapé. Il y a quelques années, je me suis débarrassé de mon canapé (à l'époque où j'avais un salon, quel luxe!) parce que je ne supportais plus d'y être assis. Je l'ai remplacé par des coussins par terre.

A l'instant où j'écris, je suis assis dans un café (le Shaika, dans Notre-Dame de Grâce, à Montréal) et mon dos ne pose pas contre le dossier, parce que je trouve cela trop relâché et déconcentré. Lorsque je conduis, je relève le dossier jusqu'à presque droit sans quoi j'ai l'impression de n'être qu'à moitié éveillé.

Donc, comment garde-t-on son esprit de zazen en faisant autre chose? De la même façon dont on fait zazen: lorsqu'on s'aperçoit qu'on dérive, revenir à la bonne posture. Quand on se retrouve en train de dériver, revenir à la bonne posture encore. Au bout d'un moment, cela devient une habitude et on n'a même plus à y penser.

Dans son commentaire du Sûtra du Coeur, Dôgen dit: "Il existe quatre formes de prajñâ dans la vie de tous les jours: quand on marche, quand on est debout, quand on est assis et quand on s'étend. la prajñâ est sagesse intuitive. Donc, pour Dôgen, la vie toute entière est sagesse, elle toute zazen. Que nous l'observions ou pas n'a guère d'importance.

C'est bon? C'est bon.

Là, je vais faire autre chose!

(Blog de Brad Warner du 24 octobre).

vendredi 23 juillet 2010

Pratique estivale

Pendant l'été, les activités de Dogen Sangha Montpellier continuent.
Tous les mardis à 19 heures et les jeudis à 19h30.
12 rue Doria, Montpellier (les Arceaux).
Tél: 0678 452 742